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grande régularité, et souvent une plus grande solidité des points dans le second.

Le ballon, une fois cousu, est verni, puis injecté d’air au moyen d’une petite machine soufflante ou ventilateur analogue au van des minotiers. Cette injection d’air, en gonflant le ballon, a pour objet de faire connaître toutes les fissures qui auraient pu passer inaperçues, et qui sont dès lors soigneusement bouchées ; en outre elle permet au vernis de sécher plus vite. Approchons-nous de l’aérostat pendant que, tout gonflé d’air, il gît sur le sol de l’usine. La forme n’est pas précisément sphérique, il a comme l’apparence d’un œuf gigantesque. Au gros bout est la soupape, soigneusement fermée, et dont nous indiquerons plus tard la manœuvre. Le petit bout, qu’on laisse d’habitude ouvert, se termine par une sorte de manchon cylindrique que l’on nomme l’appendice. L’enveloppe du ballon est recouverte extérieurement d’un filet en cordelettes de chanvre goudronné, qui se confectionne dans les mêmes ateliers que le ballon. C’est à ce filet et à un cercle en bois qui le termine qu’est suspendue par des câbles la corbeille d’osier ou nacelle destinée à transporter les voyageurs aériens. Dans la nacelle sont également disposés les sacs de lest qui serviront à diriger la manœuvre pendant le trajet, les appareils affectés à l’atterrissage, l’ancre de fer qui, mordant dans le sol, doit arrêter le ballon dans sa course, et la corde traînante, gros câble en fils de spart, qui, touchant terre longtemps avant l’arrivée de l’aérostat, en amortit la chute et le traînage à la façon d’un véritable frein.

Les ateliers où se confectionnent les aérostats présentent, surtout à la gare d’Orléans, une très grande animation. La compagnie a prêté volontiers ses vastes salles, que la guerre avait si tôt rendues silencieuses et désertes. Ce sont surtout des femmes qui travaillent aux diverses opérations : étendage et repassage de l’étoffe pour en examiner toutes les surfaces, lessivage pour en détruire l’apprêt ainsi que le mordant de la teinture, après quoi la percaline est séchée à l’air, suspendue aux hautes charpentes de la gare, puis découpée sur l’épure. Ce n’est qu’alors qu’on lui applique une première couche de vernis. le travail délicat et minutieux de la couture à la main est confié à de nombreuses ouvrières, sous la direction de Mme Eugène Godard ; elles sont là, silencieuses, attentives, au nombre d’une centaine, marquant avec une épingle et un carton taillé d’avance la distance mathématique des points. On ne montre pas volontiers cette partie de l’atelier aux visiteurs, car les allées et les venues gênent le travail des ouvrières.

Après la couture, l’étoffe reçoit une seconde couche de vernis. Vient ensuite l’opération du séchage, qui se pratique en gonflant le