Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/621

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ballon. Ces opérations, comme toutes celles qui suivent, sont réservées à la main des hommes. Ce sont des marins que le gouvernement de la défense a prêtés à MM Godard, ainsi qu’aux autres aéronautes. Les marins sont ici comme chez eux. Peindre, vernir, tamponner, tisser des filets, manœuvrer des câbles, des ancres, et même naviguer dans l’air, n’est-ce pas un rôle qui leur convient ? « Les huniers sont un peu haut, disait l’un d’eux à son amiral qui le regardait partir, et l’on n’y peut guère prendre de ris. C’est égal, avec cette machine on navigue tout de même, et avec l’aide de Dieu on arrive. »

A la gare du Nord, l’activité des ateliers, bien qu’en apparence moins grande qu’à la gare d’Orléans parce que la couture s’y fait à la mécanique, est également remarquable. C’est un spectacle curieux que de voir dans toutes ces salles, naguère si tumultueuses, d’interminables pans de calicot descendant des charpentes, ou livrés à l’aiguille agile, ou gonflés en ballons. Ici, les ateliers sont divisés, tandis qu’à la gare d’Orléans ils sont concentrés dans l’immense salle du départ, et ces longs tissus de couleurs diverses, jaune, bleue, noire, verte, suspendus pour le séchage au sommet de l’édifice, tombant dans l’immense nef, font, hélas ! rêver aux drapeaux pris sur l’ennemi qui ornent la chapelle des Invalides.

Pour qu’un aérostat s’élève, il faut que le gaz qui le remplit soit plus léger que celui de l’atmosphère. Le gaz qu’on emploie communément pour le gonflement est le gaz d’éclairage ou hydrogène carboné, qui pèse, sous le même volume, à peu près moitié moins que l’air. On peut aussi employer l’hydrogène pur, qui a une densité quinze fois plus faible que l’air ; mais la préparation en est longue et coûteuse, tandis qu’avec le gaz d’éclairage il suffit d’embrancher un tuyau sur une des conduites principales de la ville et d’amener ce tuyau sous l’appendice du ballon. En quelques heures, avec une pression moyenne, un ballon de 2,000 mètres cubes est rempli. Ce volume est celui dont la poste fait usage le plus, volontiers.

Le ballon est gonflé ; reste la manœuvre du départ. Les voyageurs sont dans la nacelle avec les sacs de lest empilés à leurs pieds. L’ancre, la corder-frein, les sacs de dépêches, sont suspendus sur les côtés de la corbeille. Les pigeons voyageurs qui, lâchés au moment de l’arrivée, rapporteront au colombier la nouvelle rapide des péripéties du trajet, sont dans leur cage, à côté des sacs -de dépêches. L’aérostat, retenu par une armée d’aides, se balance au souffle de la brise, imitant les oscillations régulières du pendule, et ne demandant plus qu’à partir. Un sac, deux sacs de lest sont jetés comme pour procéder à une pesée régulière de