Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/623

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du dedans au dehors et du dehors au dedans, qu’a lieu ce curieux phénomène, qui se passe du reste toutes les fois que deux fluides, liquides ou gazeux, sont mis en présence. Comme l’appendice demeure ouvert, précisément pour éviter les déchirures que produirait inévitablement l’expansion subite de l’enveloppe en présence de la dilatation du gaz intérieur dans un milieu raréfié (la densité de l’air diminue à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère), une certaine quantité de gaz s’échappe aussi par la partie inférieure du ballon, pour être remplacée par une quantité d’air correspondante. On voit que l’appendice joue ici le rôle d’une véritable soupape de sûreté, comme celle des chaudières à vapeur. La perte de gaz par cette ouverture aurait lieu du reste dans tous les cas, même sans la dilatation intérieure, car un nouveau principe de physique, celui de la diffusion des gaz, nous apprend que des fluides gazeux de densités différentes, mis librement en présence, ne tardent pas à se mélanger intimement. Il résulte de ces deux phénomènes, celui de l’exosmose et de l’endosmose et celui de la diffusion, qu’à un moment donné, moment fatal qu’il faut toujours prévoir, le ballon se trouve rempli d’un mélange gazeux qui fait précisément équilibre à celui du milieu ambiant, ou, si l’on veut, qui est tel que le poids total du ballon dépasse un peu celui du volume d’air déplacé. C’est à ce moment que commence la descente et même la chute, à moins qu’on ne jette des sacs de lest pour s’élever. A la nouvelle altitude à laquelle on arrive, le même phénomène ne tarde pas à se reproduire, et il faut alors amortir la chute en jetant peu à peu du lest, non par sacs, mais presque pincée par pincée.

En arrivant près de terre, le coup d’œil et le sang-froid sont indispensables pour manœuvrer utilement l’ancre et la corde-frein. Des hommes ne tardent pas d’accourir (on voit de fort loin un ballon dans l’air), et, se pendant aux cordes qui doivent toujours descendre du grand cercle horizontal ou équateur du filet, arrêtent le navire aérien. Si le vent est fort, le ballon bondit comme un cheval rétif, s’échappe des mains qui le retiennent, et si le volume, et par conséquent la surface de, l’aérostat, est considérable, on peut avoir à craindre un traînage fort dangereux. Celui auquel fut exposé le Géant dans le Hanovre en 1863 est resté célèbre. Il va sans dire que les forêts, les lacs, les cours d’eau, les villes, même les maisons isolées, doivent être soigneusement évités à la descente, comme autant d’obstacles qui peuvent rendre l’ancrage impossible, et mettre en jeu la vie des voyageurs ; ce sont là les écueils de la mer aérienne. Les dangers de la descente sont réellement les seuls qu’aient à courir les aéronautes, et encore ces dangers diminuent-ils beaucoup, si, les conditions atmosphériques étant les mêmes, le volume du