Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/731

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Gustave, les réunit à Heilbronn (1633), réchauffa leurs courages, et en recueillit la promesse que, si la Suède persistait dans son assistance, une satisfaction convenable lui serait donnée à la fin de la guerre, dont la conduite pouvait être confiée à Bernard de Weimar ; mais ce projet de renouvellement d’alliance n’était évidemment qu’un vain mot sans la certitude d’un concours plus énergique de la France. Comment le lui demander, comment l’obtenir ? Ruiner tout simplement la maison d’Autriche était pour la France un but vulgaire ; ce fut malheureusement celui de la guerre insensée de 1740, d’où est sortie la Prusse du grand Frédéric. Richelieu ne jouait point un jeu pareil, il poursuivait un but d’équilibre politique pour l’Europe et de sûreté territoriale pour son pays. C’était avec ce double objet en vue qu’il avait signé le traité de Bernwald. Pour de plus grands sacrifices, il fallait lui offrir de plus réels avantages. Ce n’était plus de subsides seulement que pouvait se contenter l’Allemagne ; il fallait bien autre chose pour la tirer du péril, le grand nom de Gustave-Adolphe ayant disparu de la scène politique. L’Allemagne était perdue, si elle demeurait seule, même avec les troupes suédoises, en lutte avec la maison d’Autriche. Les princes allemands le comprenaient bien, et Oxenstiern aussi. Les cœurs demeuraient donc fort ébranlés. On dépêcha auprès de Louis XIII, et il faut voir dans les actes eux-mêmes le langage suppliant de ces princes dont les descendans sont aujourd’hui si oublieux de leur passé. L’électeur de Brandebourg prie le roi, « dont l’autorité, la puissance, les prudentes résolutions, l’amour de la justice, brillent aux yeux de l’univers, de prendre en main l’œuvre de protection et de médiation qu’on réclame de lui, et de s’y porter avec une promptitude salutaire. Il est plein de confiance en sa royale majesté, bien persuadé que son appui ne leur manquera pas [1]. » C’est surtout par la bouche de l’électeur de Saxe que ces sentimens s’expriment de la manière la plus vive ; « il recommande très affectueusement sa personne, toute la maison électorale et la liberté de l’Allemagne à la protection royale. »

Ému par ces témoignages et dégagé de quelques appréhensions suscitées par les triomphes des Suédois, Louis XIII renoue le 9 avril 1633 avec Christine de Suède l’alliance conclue naguère avec Gustave-Adolphe. L’armée victorieuse de Lutzen restera au service de la cause allemande, commandée par Weimar, mais aux frais et avec la coopération active de la France. Fort de cette garantie, Oxenstiern conclut un nouveau traité de confédération avec l’Allemagne (15 septembre 1633) ; l’espérance renaît dans les cœurs, et la guerre de l’émancipation recommence. Ferdinand, se tenant assuré du

  1. Voyez le recueil de Dumont, VI, p. 44, 46 et 48.