Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/734

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Bernard : Richelieu l’annonçait au père Joseph agonisant pour le tirer de sa léthargie. Eût-on éprouvé une telle émotion, si l’avantage avait dû être pour Bernard seulement ? En remontant à la source de cette légende weimarienne, on ne trouve pour l’autoriser que le très suspect Vittorio Siri. Il faut donc mettre le duché d’Alsace de Weimar dans le même sac que son duché de Franconie avant la bataille de Nordlingue ; mais on peut de ces fables contemporaines tirer cette conclusion, que l’Alsace était considérée alors comme une épave de la guerre et le prix de la libération allemande, ce qui s’explique facilement quand on songe que cette contrée était en grande partie le patrimoine de la maison d’Autriche. Il est certain que le traité de Saint-Germain, conclu avec Bernard, fut fidèlement exécuté des deux côtés. Il n’entre pas dans notre sujet d’exposer ici les mémorables événemens militaires des années 1635 et suivantes ; mais je ne puis négliger de constater que les villes impériales d’Alsace, entre autres Strasbourg, sommées par l’empereur d’adhérer au fameux traité de Prague, avaient refusé de s’y soumettre. L’Alsace était dès lors toute française de cœur. Je ne rappellerai pas non plus les traités successifs qui sont venus confirmer à diverses époques les arrangemens arrêtés entre la France, les Provinces-Unies, la Suède et les princes confédérés d’Allemagne. Les collections diplomatiques en sont remplies.

Bernard de Saxe-Weimar recouvra toute sa réputation dans les belles campagnes de 1636, où Turenne combattit sous ses ordres, de 1637, où Baner acquit tant de gloire, et dans ces trois fameuses batailles de Rhinfeld de 1638, mêlées de tant de vicissitudes, et où fut pris le célèbre Jean de Werth, qui naguère avait fait trembler les Parisiens. Bernard de Saxe mourut le 18 juillet 1639 à la fleur de l’âge, entouré d’officiers français qui s’honoraient d’être ses élèves dans l’art de la guerre. Après sa mort, le conseil de guerre de son armée conclut avec Louis XIII un nouveau traité (9 octobre 1639) en vertu duquel le roi prenait directement à sa solde les troupes weimariennes, dont les commandemens furent continués aux officiers qui en étaient en possession. Tous prêtèrent serment au roi Louis XIII, et peu de temps après se produisirent deux événemens qui eurent une grande influence sur la marche des affaires. En l’année 1640, la Catalogne, fatiguée des vexations dont elle était l’objet, se révolta contre l’Espagne ; elle députa vers le roi Louis XIII pour se mettre sous sa protection comme ancienne province de l’empire franc, et le roi la reçut sous son obéissance. Elle y est restée pendant près de vingt ans. L’autre événement fut la révolution de Portugal, qui surprit si soudainement la cour de Madrid. Par là Richelieu voyait reporter sur le continent espagnol cette guerre de conjurations intérieures dont l’Espagne ne s’était pas fait faute depuis tant