Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/764

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tambour, les notes les plus basses et les plus étouffées du clairon, ont conduit jusqu’à la fosse béante le char funèbre, que suit le cheval de bataille tout caparaçonné de noir : on s’est arrêté et rangé en cercle. Les éclaireurs, qui ont laissé leurs chevaux à l’entrée, sont tous là, le sabre nu, les yeux rouges, regardant ce cercueil et la terre qui va le recouvrir. Cette triste journée de décembre, qui semble en harmonie avec le deuil des âmes, penche vers son déclin et s’assombrit déjà ; entre les cyprès qui montent dans le brouillard, on distingue pourtant encore, à quelques pas, des traits de mornes visages que l’on a vus, il y a quelques mois, briller dans les fêtes. Le silence se fait, puis on entend s’élever le chant solennel des prières hébraïques ; quand elles s’interrompent, le grand-rabbin prend la parole, et, malgré son accent allemand, il est éloquent ; il parle de devoir, de justice et de liberté, il dit que de pareilles victimes n’auront pas donné leur sang en pure perte, et que la France sortira victorieuse, un jour ou l’autre, des luttes désespérées auxquelles la condamnent l’ambition et la haine. L’émotion est au comble quand, après le rabbin, un des capitaines de l’escadron, M. Benoit-Champy, s’avance auprès de la tombe, et d’une voix entrecoupée dit adieu à son chef au nom de tous ses camarades que l’on voit sangloter comme des enfans ; il lui jure de le venger sur l’ennemi. Puis le prêtre prononce encore une prière et une bénédiction, atteste encore une fois, en face de cette dépouille de celui qui fut si vaillant et si généreux, les espérances communes à toutes les religions. Pendant que nous adressions à ce soldat de la France ces derniers adieux, le canon tonnait au loin, du côté de Gennevilliers ou d’Auteuil ; il nous avertissait que ce n’était point le moment de pleurer et de s’abattre, et que plus d’un homme de cœur tomberait encore avant que ne sonnât l’heure de la délivrance.


G. PERROT.



ESSAIS ET NOTICES.

DU RAVITAILLEMENT DANS LES ARMISTICES.


Il résulte du mémorandum de M. Thiers, aussi bien que des circulaires de M. de Bismarck, que les négociations entamées à Versailles pour la conclusion d’un armistice ont été rompues uniquement parce que le gouvernement de la défense nationale a fait du ravitaillement de Paris une condition sine qua non de la convention. M. le chancelier de la confédération du nord parle de « l’étonnement qu’on lui a causé, de la surprise et de la déception que le roi Guillaume a éprouvées » quand des demandes « aussi excessives, excédant à tel point le statu quo, » leur ont été soumises.