Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/79

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exemples connus ont été donnés dans les guerres entre l’Allemagne et la France. L’électeur de Brandebourg et le comte d’Asfeld en 1689, le maréchal de Noailles et le comte de Stair pendant la guerre de la succession d’Autriche en 1743, le marquis de Rougé et le baron de Buddenbrock en 1759, firent avant de se battre des traités spéciaux pour la protection des hôpitaux, des blessés, des médecins et aumôniers, promettant qu’ils ne seraient pas faits prisonniers de guerre. En 1764, le philanthrope ingénieux et sincère que nous avons déjà nommé, Chamousset, demanda que ce noble usage devînt une règle du droit des gens. « On ne devrait pas, dit-il, regarder les hôpitaux comme des conquêtes, et les malades qu’ils renferment comme des prisonniers, » et, poursuivant cette belle pensée dans le style de l’époque, « la voix d’une politique inquiète, s’écrie-t-il, devrait-elle l’emporter sur le cri de la sensibilité qui réclame des droits si sacrés ? Le moment ne serait-il pas venu d’établir parmi les nations une convention réclamée par l’humanité [1] ? » L’historien de la chirurgie, Peyrilhe, émit le même vœu en 1780. Le premier texte rédigé d’une convention est dû à l’illustre Percy [2] ; il la soumit en 1800 à son chef, le général Moreau, qui l’approuva et l’envoya au général autrichien Kray ; celui-ci ne comprit rien à cette leçon d’humanité, qui ne devait entrer dans les lois de l’Europe qu’en 1864, précisément cent ans après le mémoire inaperçu de Chamousset. Un médecin prussien, le docteur Wasserfuhr dès 1820, et de nos jours, en 1861, un médecin de Naples, le docteur Palasciano, et un fournisseur de l’armée française, M. Henri Arrault, encouragé par les conseils du docteur Larrey, eurent le mérite de reprendre cette idée si généreuse ; mais l’honneur d’avoir poursuivi le projet d’une convention internationale pour la neutralisation des ambulances militaires et la fondation de sociétés libres de secours aux blessés revient surtout à M. Henri Dunant, de Genève. Commencée à Genève, l’œuvre se termina dans Genève ; c’est à ce vaillant petit pays neutre que l’Europe doit cette nouvelle forme de la neutralité. Témoin et narrateur ému de la bataille de Solferino, M. Henri Dunant prit la peine de parcourir l’Europe entière, s’adressant aux intendans, aux généraux, aux souverains, aux hommes de bien, aux écrivains, pour les intéresser au sort des victimes trop oubliées des batailles. Au commencement de 1863, le président de la société genevoise d’utilité publique, M. Gustave Moynier, prit l’initiative d’une conférence internationale d’études sur ce sujet, que son généreux compatriote

  1. Œuvres complètes de Chamousset, II, 15.
  2. Éloge de Percy, par Pariset, I, 307. ― Histoire de Percy, par son neveu, le docteur Laurent.