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LOUIS XIV


ET


L’EMPIRE D’ALLEMAGNE




Napoléon à Sainte-Hélène disait : « Les Allemands doivent me haïr, c’est tout naturel ; on m’a forcé à me battre vingt ans sur leurs corps. » On pouvait donc concevoir, et Napoléon lui-même l’avoue, que l’Allemagne conservât un vif ressentiment contre lui et par suite contre la France, qui fut trop longtemps l’instrument docile de sa politique d’oppression. Non-seulement Napoléon avait fait éprouver aux Allemands les maux de la guerre ; mais, en réglant les affaires intérieures du pays, en l’asservissant à sa volonté, il avait porté à l’indépendance germanique la plus grave et la plus sensible atteinte. Aussi la guerre terrible que nous venons de subir eût-elle pu sembler au premier abord une revanche préméditée de cette période napoléonienne, si nos désastres de 1815 n’avaient été déjà une réparation suffisante, et il était d’autant plus permis de le croire que, durant la longue paix qui les a suivis, nous n’avons rien fait qui fût de nature à nourrir contre nous des haines aussi violentes. À la vérité, le retour d’un Napoléon à la tête des affaires de la France avait pu donner des inquiétudes de l’autre côté du Rhin ; nul n’ignorait pourtant qu’il existait nécessairement entre Napoléon III et Napoléon Ier une différence profonde, et que le second empire, bien que calqué extérieurement sur le premier, devait s’en distinguer dans la réalité. En effet, si le second empire a pu quelquefois paraître observer à l’égard de l’Allemagne une attitude peu rassurante, il l’a plutôt servie par les inconséquences et les fausses démarches de sa politique. Aussi bien nos ennemis paraissent-ils nous donner eux-mêmes raison sur ce point. À les en-