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d’Orléans, à Tours. Il fut attaqué par le grand-duc de Mecklembourg le 7 novembre, et il maintint ses positions ; le 8, une attaque plus générale et avec de plus grandes forces eut lieu ; Chanzy coucha encore sur le champ de bataille. Les combats furent renouvelés le 9 et le 10, le grand-duc de Mecklembourg ayant appelé à son secours deux, peut-être même trois divisions de Frédéric-Charles. Chanzy recula lentement, infligeant à l’ennemi des pertes considérables ; il restait toujours parfaitement maître de ses mouvemens, et parfois prenait l’offensive. Au lieu d’opérer sur Tours, que le gouvernement venait d’abandonner pour Bordeaux, l’habile général préférait marcher sur Vendôme. La scène des événemens se trouve transportée sur la petite rivière du Loir. Le 14, le grand-duc de Mecklembourg engage de nouveau l’attaque à Freteval, près de la forêt de Marchenoir, et le 15 il la réitère en avant de Vendôme. La fonction de l’armée de Chanzy et du 21e corps venait de s’effectuer à la suite de ces rencontres. Ainsi en combattant et repoussant l’ennemi, cette armée, qui avait été si éprouvée à Patay, dont les principaux corps s’étaient battus tous les jours depuis le 28 novembre, arrivait enfin près du Mans, ou elle allait se refaire, et d’où elle espérait marcher à la victoire. Assurément l’habileté, certes le talent dont fit preuve le général, et que l’Europe entière, y compris l’Allemagne, admira, pouvait inspirer confiance et faire croire au succès. N’était-ce pas d’ailleurs chose nouvelle qu’une telle retraite accomplie avec autant de liberté d’allures par d’aussi jeunes troupes malgré les incessantes attaques d’un ennemi victorieux ? Sur la rive gauche de la Loire, une partie de l’armée de Frédéric-Charles avait livré, depuis la prise d’Orléans, des combats de moindre importance ; elle s’était avancée au sud jusqu’à Vierzon, puis avait suivi le cours du fleuve du côté de Tours. C’est cette marche, beaucoup plus que les attaques de Mecklembourg, qui avait déterminé Chanzy à laisser pour Vendôme ses positions de la forêt de Marchenoir. L’ennemi ne put résister à la tentation de s’approcher de Tours, évacué par les troupes régulières. Quelques combats eurent lieu à Monnaie et à Notre-Dame-d’Oé avec des mobilisés. Les Prussiens vinrent jusqu’aux portes de la ville, et y lancèrent quelques bombes.


III.

Que faisait cependant la délégation de province ? À la fin de septembre, elle avait mobilisé tous les célibataires au-dessous de quarante ans. C’est dans les premiers jours de novembre que ces nouvelles levées avaient quitté leur domicile pour endosser les tristes uniformes que leur distribuait la pénurie des départemens, et pour attendre les armes que le gouvernement leur promettait. Si exor-