Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 92.djvu/417

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sortait des guerres de l’empire avec une dette de plus de 20 milliards ; les États-Unis, à la fin de la guerre de la sécession, se sont trouvés en face d’une dette qui prenait tout à coup des proportions immenses, et ces deux grands pays n’ont pas fléchi sous le poids, ils n’ont rien perdu de leur force et de leur prospérité. Malheureusement il y a une différence : les Anglais et les Américains sortaient de ces luttes gigantesques qu’ils venaient de soutenir surchargés de dettes, mais vainqueurs. Pour nous, nous sortons de la guerre vaincus et réduits encore à payer notre défaite. Cette différence est une aggravation cruelle pour nous, on ne peut le méconnaître, La victoire est un énergique cordial, même pour aborder les grandes et difficiles liquidations financières. N’importe, une nation comme la France, avec ses ressources, ses dons, son génie, ne s’abandonne pas pour une affaire d’argent ; vaincue, elle saura bien encore suivre l’exemple de l’Angleterre et des États-Unis victorieux, elle paiera afin de purger le plus tôt possible son sol du dernier envahisseur ; sur ce point, il n’y a aucun doute.

Comment arrivera-t-on à surmonter cette crise ? Il faut évidemment mettre en jeu tous les ressorts ; il faudra tout à la fois recourir au crédit, remanier nos impôts, alléger nos dépenses de tout ce qui ne sera pas strictement nécessaire, refaire un budget plus conforme aux circonstances. Ce budget, c’est l’œuvre du nouveau ministre des finances, de M. Pouyer-Quertier, qui ne manquera pas sans doute de résolution. De toute façon, nous avons à résoudre un problème qui ne laisse pas d’être épineux, celui de trouver une organisation militaire qui puisse servir de cadre à notre armée rajeunie sans coûter aussi cher que par le passé. Nous pouvons dès ce moment biffer de notre livre de finances presque tout un chapitre, celui des dotations, qui approchait de 50 millions ; nous pouvons, par une étude attentive et par des combinaisons nouvelles, diminuer les frais de perception des impôts ; nous avons à réviser les traitemens qui dépassent un certain chiffre, sans parler de ceux qu’on pourra supprimer entièrement. Qu’on ne s’y méprenne pas toutefois ; sur ce dernier point, les économies possibles dépendront beaucoup moins peut-être de réductions partielles que du remaniement, de la simplification de cette immense machine administrative qui depuis si longtemps en France est la pompe aspirante et refoulante de l’activité universelle. Tout se tient, et notre première obligation est désormais de dégager toutes nos ressources, de porter toutes nos forces sur le point douloureux, la délivrance du sol français ; mais pour résoudre ce problème, qui n’est pas seulement un problème financier, la première condition est évidente. Pour avoir du crédit, il faut inspirer de la confiance, et la confiance est la compagne de l’ordre, du travail renaissant, de l’activité industrielle et commerciale reprenant son essor. Croyez-vous que tout cela soit bien facile, si l’on s’amuse à faire des manifes-