Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/188

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paix. Sans parler des souffrances morales, qui pourrait calculer ce que ces six semaines qui viennent de s’écouler coûtent à notre pays de richesse et de ressources perdues ?

Et qu’on remarque que quelques-uns de ces résultats sont déjà en partie tristement acquis, en partie irréparables, que cette immense déperdition de forces s’accroît d’heure en heure. Que serait-ce donc si cette situation pouvait se prolonger, si cette domination établie à Paris sous le nom de commune pouvait se propager et avoir une apparence de durée ? Ce serait la ruine morale, politique, matérielle, nationale, de la France ; ce serait la dissolution de l’unité française elle-même. Cette idée communale dont on fait un drapeau de dissension intestine, que représente-t-elle en effet ? Ou elle n’est rien, ou elle est le plus monstrueux attentat contre la puissance française. S’il ne s’agit que des franchises municipales de Paris, où y a-t-il en tout cela une nécessité, un prétexte de guerre civile et de révolution ? Ces franchises, personne ne les met en doute, elles existent, l’assemblée elle-même les a consacrées par la loi qu’elle a récemment votée, Paris aura son conseil municipal élu comme toutes les villes de France, que veut-on de plus ? Au-delà, tout est confusion. Se représente-t-on un instant cet étrange amalgame qu’on désigne sous le nom de fédération communale ? Se figure-t-on toutes les communes de France indépendantes, souveraines, tranchant toutes les questions les plus générales, et la commune de Paris réglant la marche, se réservant d’être le grand laboratoire de toutes les réformes sociales et économiques ? Au lieu d’aller en avant, nous retournons en arrière, nous revenons aux républiques du moyen âge, aux petites républiques italiennes. Nous aurons trente-six mille républiques, chacune aura son armée, son général, son système de gouvernement, et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que ceux qui proposent ces beaux plans de régénération avec une ignorance qui n’est égalée que par leur témérité se disent les héritiers et les continuateurs des grands révolutionnaires français. C’est au contraire la réaction la plus outrée qui se soit produite jusqu’ici contre les idées de la France révolutionnaire, et M. Thiers a pu le répéter récemment devant l’assemblée avec autant de raison patriotique que d’éloquence. « C’est le plus absurde démenti lancé à la révolution française et à l’unité nationale, œuvre de huit siècles. » Ce qui se cache sous ce mot de révolution communale, c’est une immense anarchie où la France périrait dans un temps donné, où se réaliseraient bientôt les sombres prédictions que lançait Proudhon il y a déjà bien des années : la terre stérilisée, la misère gagnant de proche en proche, les bandes affamées parcourant le pays, les ouvriers quittant le travail pour le club ou pour le mousquet, la déprédation, la violence et la dislocation partout, « la guerre civile et l’étranger sur les frontières. » Nous n’en sommes pas là, grâce à Dieu ; la France garde en elle-même assez de