Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/189

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ressources de vitalité pour se retenir sur le penchant de cet abîme. Il n’est pas moins vrai que l’étranger n’est pas seulement aux frontières, qu’il est dans nos foyers, que la guerre civile a été déchaînée, et que c’est tout au moins pour notre malheureux pays un affaiblissement de prestige et de crédit, une humiliation aussi cruelle que les plus cruelles défaites. Voilà ce que la France doit à cette tentative de révolution communale.

Les conséquences de cette horrible lutte ne sont pas moins sensibles et moins dures pour Paris lui-même, qui est le premier à souffrir de la situation violente qui nous est faite. Quoi qu’il arrive, il y a une chose qu’on ne peut oublier, c’est que pendant cinq mois Paris a été le boulevard de la France, et la vaillance de son attitude devant l’ennemi reste un honneur pour lui comme pour le pays tout entier. Certes, après ces cinq mois de glorieux isolement, après tant de souffrances fermement supportées, et sans doute à cause de ces souffrances, Paris n’avait qu’à être lui-même pour retrouver son ascendant, sa prééminence et ses prérogatives de cité souveraine. Ses malheurs avaient rajeuni ses titres au lieu de les obscurcir. Il restait toujours où il redevenait sans effort le centre naturel d’où partaient toutes les impressions, où affluaient toutes les énergies nationales : Paris en un mot était toujours et plus que jamais Paris. Malheureusement, il ne faut pas se le dissimuler, les derniers événemens ont tout changé et tout aggravé. Nous ne parlons même pas de la dure condition intérieure faite à la grande ville, des émotions, des anxiétés, des souffrances de toute sorte qui lui sont imposées encore une fois après de si récentes et si tragiques épreuves. Le mal est plus profond et peut-être plus difficile à guérir. Il ne faut pas qu’on se fasse illusion ; ceux qui ont cru affranchir et grandir Paris par une révolution nouvelle se trompent étrangement, ils l’ont diminué, ils lui ont préparé surtout un avenir plein de difficultés et d’embarras en ravivant des méfiances, des antagonismes qui auraient bientôt disparu dans un large et paisible essor de liberté publique. Si les meneurs de l’Hôtel de Ville se sont figuré que par cela seul qu’ils étaient maîtres de Paris ils allaient avoir le concours de la province, c’est une chance à laquelle ils doivent renoncer. Sans doute il y a eu dans certaines villes quelques mouvemens presque toujours assez artificiels, et si l’on veut, pour tout admettre, il pourrait y avoir encore de ces effervescences plus bruyantes que sérieuses ; sans doute aussi il y a dans le pays un certain malaise que les passions de sédition peuvent chercher à exploiter ; mais à travers tout, s’il y a un fait évident et significatif, c’est que la révolution partie de Montmartre n’a rencontré partout en province qu’une répugnance profonde, instinctive, mêlée d’étonnement. Sait-on ce qu’elle a produit ? elle a creusé plus que jamais un abîme qu’il aurait fallu combler par la conciliation, par la bonne politique ; elle a rejeté Paris dans une sorte