Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/706

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arriver à une semblable extrémité, quelques patrons, à la tête desquels M. Mundella, proposèrent d’essayer la voie de la conciliation. On invita les ouvriers à une conférence avec les patrons. Ils acceptèrent, et une entrevue eut lieu dans une salle de la chambre de commerce entre une députation des ouvriers et une délégation des patrons. La discussion, longue et animée, dura plusieurs jours, et quand on se quitta on avait posé les bases d’un conseil d’arbitrage dont le but devait être de prévenir le retour des grèves. Grâce à la puissante influence des chefs des trades-unions, qui se montrèrent favorables au projet de M. Mundella, le conseil fut bientôt constitué. Les secrétaires des unions recueillirent les votes des ouvriers, qui désignèrent au suffrage universel neuf délégués. Les patrons en firent autant, et le conseil siégea pour la première fois le 3 décembre 1860. On adopta un règlement dont voici quelques dispositions :

« L’objet du conseil est de proposer un arbitrage dans toutes les questions de salaires qui seront portées devant lui par les patrons ou les ouvriers, et de mettre fin par la voie de la conciliation à tout désaccord qui pourra surgir. — Le conseil se compose de neuf fabricans et de neuf ouvriers élus (depuis, le nombre a été réduit à sept délégués de part et d’autre). Il devra être réélu tous les ans au mois de janvier. — Un comité d’enquête, renouvelable chaque année, et composé de quatre membres du conseil, examinera toutes les affaires avant qu’elles arrivent devant celui-ci. Ce comité emploiera son influence à concilier les différends : s’il n’y réussit pas, l’affaire est renvoyée au conseil. Dans aucun cas, les comités d’enquête ne rend de sentence arbitrale. — Les dépenses sont supportées également par les patrons et par les ouvriers. — En ce qui concerne le bureau, le conseil élit chaque année parmi ses membres un président, un vice-président et deux secrétaires. »

Il avait été décidé d’abord que le président voterait, et qu’en cas de partage sa voix serait prépondérante ; mais ces disposition sont été modifiées par la suite. La voix prépondérante accordée au président avait suscité plusieurs fois des difficultés. Selon qu’il était ouvrier ou patron, les ouvriers ou les patrons, mécontens de la sentence d’arbitrage, accusaient le président de partialité. On dut changer de système, et le président ne peut plus départager le vote. Lorsqu’il y a égalité de suffrages, et qu’on ne parvient pas à un vote décisif, le conseil choisit un membre en dehors de son propre sein, et qui généralement n’appartient pas à la même industrie. Ce membre est ce que les Anglais appelle un umpire, il joue le rôle d’arbitre. C’est lui qui est chargé, en votant dans un sens ou dans l’autre, de faire pencher la balance.