Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/105

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


épargner 19 millions sur les frais de régie et de perception des impôts et sur le service de trésorerie. En réunissant toutes ces sommes, l’économie totale s’élèverait à 262 millions.

L’écart produit par les derniers événemens entre les anciens budgets et ceux de l’avenir est de 373 millions. Les nouvelles ressources à créer ne seraient donc pas supérieures à 111 millions; encore faudrait-il déduire de cette somme le revenu net des biens composant l’ancienne dotation de la couronne, qui venait s’ajouter autrefois à la liste civile de l’empereur, et qui a fait retour au budget de l’état. Il est permis d’évaluer ce revenu à 9 ou 10 millions en tenant compte des améliorations qu’il peut recevoir par l’exploitation ou la mise en location des forêts, terres et châteaux qui étaient exclusivement consacrés au plaisir du prince. Il ne resterait donc environ qu’une centaine de millions à demander à l’impôt. On pourrait les trouver aisément sans écraser les contribuables.

En établissant les résultats qui précèdent, nous avons recherché l’expression la plus simple et la plus rigoureuse du chiffre auquel pourrait être réduit le budget de l’état sans compromettre les parties essentielles des services publics. Nous n’avons compris dans nos calculs ni les allocations de l’amortissement, ni les indemnités qui pourront être accordées aux victimes de la guerre étrangère et de la guerre civile, ni les frais de reconstruction ou de réparation des monumens détruits ou incendiés dans la dernière insurrection. Nous avons en outre supposé un ralentissement considérable dans les grands travaux publics, des arrangemens avantageux avec les compagnies subventionnées, et enfin l’adoption d’un système de gratuité qui soulèvera probablement d’assez vives résistances. Il appartient au pays déjuger dans quelle proportion devront être autorisées des dépenses dont nous ne contestons ni la justice ni l’utilité. L’assemblée nationale seule aura les élémens nécessaires pour apprécier la mesure dans laquelle on pourra concilier des intérêts respectables et des désirs légitimes avec les ménagemens auxquels ont droit ceux qui fournissent l’impôt. Nous penchons pour qu’on entre le plus loin possible dans la voie des économies; nous espérons que le chef du pouvoir exécutif, qui depuis trois mois a si bien mérité de la France, ne s’arrêtera pas, comme on semble le craindre, à mi-chemin, et qu’il aura la fermeté nécessaire pour mener jusqu’au bout et résolument la réforme de la dépense. Il rendra au pays un nouveau service en ne mettant pas à une trop rude épreuve les forces des contribuables, car il doit savoir que l’exagération des impôts restreint la production, appauvrit le pays, détruit la matière imposable, et tarit les sources vives où les finances d’un peuple doivent se régénérer et puiser une énergie nouvelle.


L. BOUCHARD.