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II.

Nous avons sous les yeux la carte plus qu’incomplète sur laquelle nous marquions nos campemens, — on sait que dès le début des hostilités les cartes françaises de l’état-major furent introuvables, — ce chiffon de toile imprimée suffît pour nous permettre d’établir la situation respective des deux armées en présence, ou tout au moins de notre aile droite et de l’aile gauche prussienne. Vers la fin de novembre, le 18e corps était à l’extrême droite, entre Bellegarde et Montargis. Cette dernière ville était au pouvoir des Prussiens, qui occupaient également Beaune-la-Rolande et les villages intermédiaires de Ladon, Maizières et Juranville. Le 20e corps avait son quartier-général à Bellegarde, et s’étendait des hauteurs de Fréville à Boiscommun, ayant pour objectif Beaune-la-Rolande, qu’une route directe met en communication d’un côté avec Pithiviers, quartier-général du prince Frédéric-Charles, de l’autre par Maizières avec Montargis, par où débouchaient les approvisionnemens de l’armée ennemie et les renforts qui du nord et de l’est augmentaient chaque jour son effectif. Le 15e corps, sous les ordres du général Martin des Pallières, avait son extrême droite vers Chambon, sur la lisière de la forêt d’Orléans, et son quartier-général vers Neuville et Chilleurs-aux-Bois. Les deux corps français les plus voisins en ce point ne se donnaient pas la main, puisque les points extrêmes qu’ils occupaient étaient distans de plus de 10 kilomètres, et les quartiers-généraux, qu’il faut seuls avoir en vue quand il s’agit de communications, séparés par plus de 25 kilomètres, — distance évidemment trop grande, eu égard au peu de longueur des journées en cette saison, et au mauvais état des chemins, défoncés par la pluie et couverts de neige. — Si, malgré l’éloignement de ces divers corps les uns des autres, on les regarde comme faisant tous partie d’une armée unique aux ordres du général d’Aurelle de Paladines, alors, le grand quartier-général étant à Artenay, il devient évident qu’en l’absence de toute ligne télégraphique les reliant les uns aux autres, les corps extrêmes échappaient à l’action immédiate, sinon directe, du général en chef. N’ayant point de documens qui en pourraient établir la réalité, nous nous bornerons à rappeler ici, comme indice de l’opinion, les bruits qui circulaient parmi nous, et d’après lesquels le 18e et le 20e corps, bien que placés sous les ordres du général d’Aurelle, agissaient néanmoins d’après ceux du ministre de la guerre. Ces bruits, que confirmerait une circulaire fameuse, véritable acte d’accusation contre le général en chef après la perte d’Orléans, expliqueraient parfaitement les marches et contre-mar-