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ches qui n’avaient eu jusqu’à ce jour d’autre résultat que d’épuiser les forces de nos hommes; ils expliqueraient surtout le décousu, le manque d’ensemble des opérations qu’il nous reste à préciser, du moins dans leurs résultats généraux.

Le 24 novembre, vers neuf heures du matin, le 18e corps attaquait les villages de Maizières et de Ladon. Ce mouvement offensif donnait lieu à des engagemens divers, auxquels le 20e corps ne prit part que par l’affaire peu importante d’ailleurs où le général Girard trouva la mort, et le premier jour par sa deuxième division, lancée contre une colonne ennemie qui, descendant de Beaune-la-Rolande, menaçait le flanc gauche de nos troupes engagées sur la route de Bellegarde à Maizières. Les bataillons du Haut-Rhin, dans une charge impétueuse, y montrèrent l’entrain et l’aplomb de vieilles troupes. Au chant de la Marseillaise, musique en tête, bannières déployées, et sur les pas de leur vaillant commandant, le chef de bataillon Dolfüs, ils coururent à l’ennemi et le refoulèrent victorieusement. La nuit, nos troupes couchèrent sur le champ de bataille. Néanmoins ni Ladon, ni Maizières, ni Juranville, n’étaient tombés en notre pouvoir. Quelque sérieux qu’ils fussent, ces engagemens n’étaient que les préliminaires d’une action décisive; mais ils justifiaient, par la bravoure des soldats, la confiance des généraux qui venaient de prendre l’offensive. En effet, ce mouvement en avant de notre aile droite se continua en s’accentuant davantage.

Le 27 au soir, la 1re brigade de la 2e division du 20e corps vint occuper le village de Saint-Loup-des-Vignes, à 3 kilomètres de Beaune-la-Rolande, qu’il domine. Dans la nuit, la 2e brigade se portait sur Montbarrois, à 2 kilomètres de Saint-Loup, et au point du jour la première division, partant de Boiscommun, s’ébranlait à son tour dans la direction de Batilly, village qui commande le passage de l’antique chaussée connue sous le nom de Chemin de César. En même temps, le 18e corps reprenait sa marche en avant, un moment interrompue, sur Ladon, Maizières et Juranville, pour déboucher sur notre droite. Le village de Beaune-la-Rolande, objectif de l’armée française, allait donc être attaqué à la fois sur la gauche et au centre par le 20e corps, sur la droite par le 18e corps, c’est-à-dire, en évaluant l’effectif de ces deux corps à un minimum, par plus de 50,000 hommes.

L’importance stratégique de cette position explique nos efforts pour l’arracher à l’ennemi, ceux de l’ennemi pour la conserver. Les Hanovriens de Voght-Rheiss occupaient le village depuis plusieurs jours. Dans la prévision d’une attaque, ils en avaient fortifié les approches par des fossés profonds, barricadé toutes les rues, crénelé les maisons; ils l’avaient en un mot transformé, comme tant