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des types marins dont les couches du globe conservent l’empreinte. C’est là un aiguillon ajouté à l’attrait des explorations sous-marines dont nous allons exposer les résultats en ayant soin, avant de parler des êtres eux-mêmes, de nous attacher aux particularités physiques des lieux qu’ils habitent.


II.

La plupart des marines des nations civilisées ont exécuté systématiquement des sondages multipliés, dans la double intention de vérifier la profondeur des eaux et la nature du fond dans une zone comprise entre la plage et la haute mer; mais c’est surtout lors du relevé des côtes de l’Union américaine dans le golfe du Mexique, et par les opérations de la marine suédoise le long des plages scandinaves, que la science a pu apprécier le parti qu’elle pouvait tirer des travaux de ce genre en les utilisant à son profit exclusif. Une semblable pensée devait trouver de l’écho en Angleterre, où ce qui concerne la mer a toujours le don de passionner les esprits. En effet, une première expédition, celle du Lightning, fut organisée en 1868 et envoyée dans la mer d’Ecosse; elle n’obtint qu’un demi-succès et fut surtout contrariée par le temps ; mais elle inspira une seconde tentative pour la réussite de laquelle rien ne fut épargné, ni de la part des savans qui s’y associèrent, ni de celle des marins qui firent les derniers efforts pour atteindre à des résultats décisifs.

Cette deuxième expédition, qui ne sera probablement pas la dernière, a eu lieu durant l’été de 1869; elle était placée sous la direction du capitaine Calver, commandant le Porcupine de la marine royale, et fut divisée en trois parties, qui ont été autant de croisières scientifiques. La première, partie de Gallway, port situé sur la côte occidentale d’Irlande, et terminée à Belfast, au nord-est de la même île, au commencement de juillet, fut dirigée d’abord vers le sud-ouest, ensuite vers l’ouest et enfin au nord-ouest jusqu’au banc de Rockall. La deuxième croisière eut pour objet l’exploration de l’extrémité septentrionale du golfe de Biscaye, à 250 milles environ à l’ouest d’Ushant; la troisième et la plus importante, commencée au milieu d’août et prolongée jusqu’à la mi-septembre, acheva l’œuvre précédemment ébauchée par le Lightning en complétant ses recherches dans la zone maritime comprise entre le nord de l’Ecosse et les Féroe. Un temps magnifique favorisa jusqu’au bout cette dernière course, qui doit avant tout fixer notre attention, tant les faits qu’elle permit de constater furent nombreux et décisifs, en sorte que par eux nous aurons bientôt la clé de tout le reste.

La région maritime qui commence avec les Orcades et se prolonge jusqu’à l’entrée du large canal séparant l’Islande de la Norvège