Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/193

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qu’au 36e parallèle, le gulf-stream est loin de présenter la même étendue. Large seulement de 64 kilomètres à son entrée dans l’Atlantique, il se déploie en avançant vers le nord; il mesure déjà 241 kilomètres à la hauteur de Charleston, plus loin il dépasse 500 kilomètres et s’élargit encore. Le gulf-stream est divisé en plusieurs zones ou courans partiels dont la température diffère sensiblement, ou plutôt il est entremêlé de parties chaudes et froides qui forment autant de couches distinctes, chacune ayant une température propre. Un courant d’eau froide parti de la baie de Baffin et coulant du nord au sud sépare le gulf-stream de la côte américaine; les deux courans opposés se touchent par les bords. La séparation est si bien tranchée, que cette limite a reçu le nom de cold-wall ou paroi froide. Le courant d’eau froide s’élargit peu à peu comme le gulf-stream; mais, tandis que celui-ci s’épanche à la surface, l’autre gagne les profondeurs, le gulf-stream conserve longtemps une température remarquablement élevée.. A la hauteur de Sandy-Hook, à 400 ou 600 kilomètres du littoral, cette température est de 23° à 27° c. Elle se maintient entre 18° et 22° c, jusqu’à une profondeur d’environ 200 mètres. A une moindre distance des côtes, entre 200 et 300 kilomètres, la chaleur est moindre à une profondeur correspondante; elle ne dépasse guère 18° c. à la surface, 10 ou 11 au-dessous de 50 mètres, et elle tombe brusquement à 2, 3 et 4, si l’on descend au-dessous de 600 mètres, parce qu’à ce niveau on atteint le courant froid répandu au-dessous de l’autre.

Le gulf-stream, avons-nous dit, se détourne à l’est vers le 36e degré parallèle; il traverse alors de nouveau l’Atlantique, toujours plus diffus, perdant insensiblement de sa chaleur à mesure qu’il s’éloigne de son foyer, mais gagnant en surface. C’est ainsi qu’il atteint les côtes occidentales de l’Europe, où, après avoir attiédi les parages de la Bretagne, au sud-ouest de l’Angleterre et de l’Irlande, il pénètre dans la mer d’Ecosse, et finit par baigner l’Islande et la Norvège. Ses dernières effluves se font sentir jusque dans l’extrême nord, à l’île de l’Ours et au Spitzberg, avant de se perdre tout à fait. L’élévation et l’uniformité constante de la température à la surface de l’Atlantique seraient donc un effet direct du gulf-stream ; mais il semblerait ressortir de l’ensemble des observations faites sur divers points de cet océan, que le gulf-stream lui-même, au lieu de constituer un phénomène isolé et d’une nature spéciale, ne serait qu’un accident plus marqué du mouvement général portant les eaux des pôles vers l’équateur, et celles de l’équateur vers les pôles. Admettons comme vrai cet échange, dont nous discuterons les preuves : deux faits d’une parfaite évidence en résulteront nécessairement. En premier lieu, les eaux froides des mers polaires, en s’avançant vers le tropique, finiront, à raison de leur poids spé-