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LA GRÈCE
ET SES VOLONTAIRES
DANS LA GUERRE DE 1870


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Le malheur, qui nous apprend à nous connaître nous-mêmes, doit nous apprendre aussi à connaître les autres. C’est surtout dans les crises douloureuses de leur existence que les particuliers font l’épreuve de ce qu’ils peuvent attendre du dévoûment et de la fidélité de leurs amis ; c’est également à l’heure des désastres que les peuples éprouvés par la mauvaise fortune sont le mieux éclairés sur les sentimens qu’ils inspirent aux autres peuples. La lutte que nous venons de soutenir contre l’Allemagne nous rend du moins le service de nous montrer où sont ceux qui nous aiment, dans quel coin du monde il reste encore quelques sympathies pour la France. Avant cette épreuve, notre vanité ignorante se figurait volontiers que les souffrances d’un pays tel que le nôtre intéresseraient toute l’Europe, et qu’aucune nation ne nous verrait souffrir sans éprouver le besoin de nous porter secours. La foule se flattait même que notre infortune nous vaudrait des alliés au-delà des mers, et que l’Amérique, autrefois aidée par nos armes, nous aiderait à son tour. Toutes ces illusions de l’amour-propre national doivent se dissiper aujourd’hui, si nous ne voulons continuer à nous tromper nous-mêmes en prenant nos espérances pour des réalités. Les événemens ont prouvé qu’on s’abusait étrangement en France sur les dispositions des peuples à notre égard. Là où nous croyions recueillir les marques de sympathie que nous ne refusons guère aux malheurs des autres, ou tout au moins le souvenir des services rendus, nous