Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/369

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tantôt à nos tribunaux correctionnels et tantôt à nos conseils-généraux. Ils sont choisis par la couronne parmi les grands propriétaires et donnent gratuitement leur temps aux affaires judiciaires et administratives du comté. La spécialité des fonctions de la magistrature ne permettrait pas chez nous d’y appliquer la gratuité. En Angleterre même, la magistrature est rétribuée lorsqu’elle remplit des fonctions purement judiciaires, sans mélange de puissance administrative.

Est-il possible de réaliser sur d’autres services des économies plus importantes? On a souvent, et avec raison, dit que les budgets de la guerre et de la marine sont les seuls qui pourraient fournir des réductions efficaces. Or il est vraisemblable que de longtemps nous ne pourrons rien demander au ministère de la guerre ; alors même que par l’adoption du principe du service obligatoire, tel qu’on le pratique en Allemagne et en Suisse, nous parviendrions à diminuer l’effectif sous les armes, nous serions obligés de maintenir nos crédits parce que nous aurons, pendant plusieurs années, à supporter les dépenses que rendra nécessaires la recomposition de notre matériel. Les désastres de la guerre nous ont enlevé d’immenses approvisionnemens d’armes, si bien que presque toute notre artillerie est à refaire. Les dépenses seront d’autant plus considérables que nous serons forcés d’armer un plus grand nombre de soldats, car, si toute la nation est armée, comme le conseillent les succès des troupes allemandes, nous aurons à nous procurer une plus grande quantité d’armes et à tenir notre armement au courant des dernières inventions. Ainsi les réductions sur le personnel (en admettant qu’on en puisse faire) seront employées à augmenter les crédits pour le renouvellement du matériel. — Nous pouvons faire des économies plus sérieuses sur la marine. Cette partie de nos forces n’a pas souffert pendant la campagne, et les réductions sur les dépenses auront seulement pour effet de suspendre les développemens de nos flottes. Aussi nous suffirait-il, pendant quelques années, de nous maintenir dans la bonne situation maritime que nous avons conservée au milieu de nos malheurs; nous pourrons, sans la compromettre, modérer les crédits de ce budget, et c’est le parti qu’a pris le gouvernement, car dans le budget rectificatif des dépenses il propose une réduction de 70 millions sur la marine. Les autres services, par la diminution des travaux publics extraordinaires, par la suppression de quelques emplois parasites et l’extension de la gratuité à quelques fonctions aujourd’hui rémunérées, fourniront une trentaine de millions. Là est, selon nous, la limite des réductions, et nous sommes convaincu que la diminution des dépenses ne dépassera pas une centaine de millions. C’est aussi l’opinion que M. Thiers a exprimée à la tribune,