Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/43

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novembre, pour y apprendre la capitulation de Metz, et y voir avec colère toute la ville illuminée en l’honneur de nos ennemis. Les Grecs avaient espéré que le gouvernement français enverrait des navires croiser sur leurs côtes et recueillir les hommes de bonne volonté ; mais il n’en fut rien, et le préfet de Marseille, à qui on demandait des moyens de transport, ne put en fournir aucun. Heureusement les négocians hellènes de cette ville, aussi dévoués à leur patrie d’adoption qu’à la Grèce, se firent un point d’honneur d’aider leurs compatriotes à gagner la France. Leur générosité pourvut même aux frais d’embarquement et d’entretien de beaucoup d’entre eux. Quel que soit le lieu de sa résidence, le Grec reste Grec, toujours prêt à servir de son argent ou de son crédit les intérêts de la race hellénique. S’il s’est enrichi à Londres, à Liverpool, à Malte, à Alexandrie, en France, à New-York, il se croit généralement obligé de faire quelque chose pour cette patrie qu’il rêve grande et glorieuse, dans laquelle il comprend par la pensée tous les pays habités par des Grecs, mais que la diplomatie européenne réduit aux modestes proportions du royaume de Grèce. C’est une sorte de protestation indirecte contre les combinaisons un peu artificielles de la politique. C’est en tout cas la meilleure manière d’affirmer la solidarité de tous les Hellènes, de rappeler fréquemment au monde qu’il reste encore des Grecs asservis en dehors de la Grèce libre.

La croisade pour la France devait séduire le patriotisme hellénique en réunissant des Grecs de toutes les parties de l’Orient. Où trouver une meilleure occasion de faire apparaître au monde, sous sa plus noble et sa plus vivante image, l’union de tous les enfans de la même race ? Macédoniens, Épirotes, Crétois, Thessaliens, Péloponésiens, Rouméliotes, pour la première fois depuis bien longtemps, allaient combattre ensemble, à côté les uns des autres, et servir la même cause. Aussi beaucoup de familles grecques voulurent-elles contribuer de leur bourse à cette œuvre patriotique. Il se fit de grands efforts pour que l’entreprise conservât le caractère national d’un concours gratuit, absolument désintéressé, offert à l’armée française. Autant que les circonstances le permirent, les Grecs se proposèrent de se suffire à eux-mêmes, de s’armer, de s’équiper, de se nourrir à leurs propres frais, de ne rien demander à la France que le droit de mourir pour elle. Ils s’acquittaient mieux ainsi de leurs obligations envers nous ; ils témoignaient surtout de la communauté de leurs sentimens et de l’étendue des sacrifices que chacun pouvait s’imposer pour une œuvre commune. Quelques-uns même se crurent obligés de prendre une part dans les charges générales de la guerre, d’aider en quelque sorte, au nom de leur pays, en leur qualité de Grecs et comme représentans de la Grèce, à soutenir le