Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/610

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petit homme sec et froid, montra le chien à M. Bernard, et lui demanda s’il le reconnaissait pour l’avoir mis dans un pareil état. L’accusé ne nia point, il ajouta même qu’il était très content de retrouver sa canule, qu’il croyait perdue. Cet aveu provoqua la colère du commissaire, qui fit entendre des paroles, d’autant plus sévères et menaçantes que le chien lui appartenait. M. Bernard s’excusa de son mieux, disant que le chien lui avait été fourni par une tierce personne, et que d’ailleurs il ne mourrait pas de l’opération, si la canule lui était enlevée. Ces mots calmèrent le commissaire et surtout sa femme et sa fille. M. Claude Bernard enleva l’appareil et promit de revenir. Le chien fut bientôt guéri, et le jeune opérateur avait gagné l’amitié du fonctionnaire, qui lui promit sa protection.

Depuis cette époque, l’autorité est devenue plus tolérante, les physiologistes sont moins persécutés. Un nouveau laboratoire a été mis, il y a deux ans, à la disposition de M. Paul Bert, à la Sorbonne. Cependant là où les études de cet ordre devraient être le plus encouragées, elles sont à peine possibles. Il n’y a pas dix ans que des laboratoires de biologie ont été construits à l’École de médecine de Paris sur la demande de Rayer; en d’autres termes, il n’y a pas dix ans que l’expérimentation biologique est introduite dans notre premier établissement médical. Ces laboratoires, situés à l’Ecole pratique, derrière les amphithéâtres de dissection, sont au nombre de cinq (anatomie générale, — physiologie, — anatomie pathologique, — thérapeutique, — médecine comparée), mais si petits qu’ils ne peuvent servir qu’aux travaux personnels des professeurs et de leurs aides, et d’ailleurs, comme l’a dit le doyen, « installés dans des conditions déplorables. » Ce sont de simples cabinets qui font mal à voir quand on a visité les instituts biologiques de l’étranger; et cependant des hommes aussi distingués et laborieux que MM. Robin, Vulpian, Gubler, Brown-Séquard, auraient droit, ce semble, à être mieux pourvus de moyens de recherche et de démonstration. Le laboratoire de M. Robin, malgré tant de difficultés et de pénurie, est devenu un centre d’activés et importantes études. L’Institut a couronné presque tous les travaux qui y ont été entrepris, parmi lesquels on cite en première ligne ceux de MM. Legros, Gimbert, Rabuteau, Grandry, Goujon, et autres savans connus.

Quelques-unes des plus belles découvertes de ce temps ont été faites par un physiologiste français, M. Marey, dans un laboratoire privé qu’il a établi en 1864, à ses frais, dans une salle qui forme la partie supérieure de la scène de l’ancienne Comédie, en face du café Procope. On monte par un escalier étroit et sombre à cette vaste