Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/614

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le nom d’Ecole pratique des hautes études. On y accueillit assez libéralement les jeunes gens désireux de cultiver la physique, la chimie, la botanique, la physiologie; on leur donna les moyens d’observer, de manipuler, d’expérimenter et même de chercher. On divisa les laboratoires en laboratoires d’enseignement et laboratoires de recherches, et on y installa toute une hiérarchie de directeurs, sous-directeurs et préparateurs. L’Ecole des hautes études a fonctionné et fonctionne encore, il en est sorti quelques travaux estimables; seulement on se demande où était la nécessité de faire une école idéale, une école qui n’a pas de siège déterminé, en réunissant par abstraction ces laboratoires qui n’ont rien de commun les uns avec les autres. En fait, l’Ecole des hautes études n’a qu’une existence fictive, et on travaille dans les laboratoires comme par le passé. L’essentiel est toujours de les agrandir, de les enrichir, et de trouver le moyen de concilier l’intérêt de l’état avec celui de la science et des travailleurs. La question est délicate.

Deux catégories d’hommes se livrent aux travaux de laboratoire. Les premiers sont ceux pour qui l’investigation expérimentale n’est qu’une besogne secondaire entreprise conformément à une méthode sûre pour l’instauration ou la vérification des doctrines. Ces savans, qui conçoivent dans la logique toujours présente et toujours agissante de leur raison l’ordre des choses, sont comme d’habiles pilotes dans la propulsion du savoir. Les autres chercheurs, plus nombreux, travaillent sans direction méditée, sans inspiration philosophique : ils sont utiles à la science, grâce aux matériaux qu’ils accumulent; mais qu’ils sont inférieurs aux hommes de pensée! Ils mettent l’eau et le charbon dans la machine du navire, tandis que les autres en dirigent les mouvemens et prennent en main le gouvernail. Une école d’investigation pourra produire des chercheurs de la seconde catégorie, mais elle est impuissante à encourager les vocations supérieures et à faire éclore les esprits hardiment originaux. Le travail n’y est pas assez libre, et puis, disons-le, de tels esprits y seraient par eux-mêmes impossibles. Se figure-t-on des initiateurs, des hommes comme Bichat, Ampère, Faraday, Magendie, Laurent, Gerhardt, Foucault, élèves de l’École des hautes études? Dans un semblable milieu, l’étrange nouveauté de leurs idées et l’originalité de leurs allures les eussent presque fait passer pour de jeunes extravagans. La première condition de l’existence d’une école, c’est la discipline, la régularité, le respect des traditions et des maîtres. Or il y a des intelligences qui se posent d’emblée au-dessus de toute autorité. Dans nos écoles, on ouvre volontiers les laboratoires aux jeunes gens dociles, qui ne demandent qu’à suivre un maître et à mériter des diplômes; mais on se garde en général de