Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/63

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ont des velléités d’indépendance, il transporterait à bref délai sur les points menacés de son empire les troupes dont le concours lui est le moins suspect. C’eût été plutôt de la part des gouverneurs de province que l’on eût dû pressentir de l’opposition. Ces engins de la civilisation moderne ne sont pas d’ailleurs de nature à motiver la présence indéfinie des Européens dans les provinces de l’intérieur. Si leur concours est indispensable pour la construction, il est probable que les indigènes suffiraient à les entretenir, et à les exploiter une fois créés et mis en marche. On peut se fier pour cela au merveilleux talent d’imitation de la race chinoise. Le Japon, qui est en train de se régénérer sous l’intelligente domination du mikado et des daïmios, accueille avec une extrême faveur les chemins de fer et les télégraphes. Les voies ferrées seraient encore plus utiles en Chine que dans les îles de l’archipel japonais : nulle contrée n’est plus favorable à ce mode rapide de communication ; nulle part on ne trouve de plus belles plaines, de plus vastes vallées. De Canton à Hankow, à travers les plantations de thé et les districts les plus peuplés de l’Asie, de Hang-tchou à Pékin, parallèlement au fameux canal qui était jadis, quand on l’entretenait avec soin, la grande artère commerciale de la Chine, les lignes ferrées seraient encombrées de voyageurs et de marchandises.

Valait-il la peine de remanier le traité de Tien-tsin aux conditions que les Chinois y voulaient mettre? Les négocians anglais qui trafiquent dans l’extrême Orient ne le pensèrent point. Dès que les clauses de cette nouvelle convention furent connues, tous protestèrent qu’elles étaient plus nuisibles qu’utiles. L’expérience leur avait appris qu’une suppression des taxes locales par les autorités centrales de Pékin ne servirait de rien, parce que les autorités provinciales n’en tiendraient aucun compte. Le plus clair dans les conditions acceptées par sir Rutherford Alcock était une aggravation de tarifs en ce qui concernait les matières de plus large consommation : l’opium, la soie, les étoffes de laine et de coton. Le refus d’autoriser la navigation à vapeur sur les eaux intérieures, les chemins de fer et les télégraphes, était une véritable déception, car l’usage de moyens perfectionnés de transport et de correspondance est surtout utile dans une contrée comme la Chine, où l’espace est grand et la population nombreuse. Les chambres de commerce de la Grande-Bretagne se récrièrent de même à l’envi contre ce nouveau traité. Les intéressés étaient unanimes à repousser le prétendu cadeau que leur voulait faire le gouvernement anglais. Lord Clarendon et sir Rutherford Alcock sont peut-être de fort habiles diplomates, se disait-on; mais ils n’entendent rien aux affaires commerciales.