Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/644

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l’intérêt, ne peuvent manquer d’exercer une certaine influence; très souvent même l’écrivain n’a pris la plume que pour défendre le régime qu’il croit le meilleur et pour discréditer celui qu’il juge mauvais. Monarchiste, il ne verra que les vices de la république; républicain, que ceux de la monarchie : c’est son droit et même son devoir, quand il s’agit, non de discuter une question de théorie politique, mais de déterminer une résolution d’où peut dépendre l’avenir du pays; seulement de ce genre d’écrits la science ne retire pas beaucoup de lumières. Une grande obscurité règne donc encore dans la plupart des recherches concernant les formes de gouvernement. Il s’ensuit que beaucoup d’idées fausses jouissent d’un crédit presque incontesté.

Ainsi l’un des avantages qu’on attribue à la république est d’être une forme de gouvernement extrêmement simple. « Toute société homogène veut un gouvernement simple, » dit M. Vacherot dans son livre la Démocratie, et ce gouvernement, c’est la république avec une chambre unique. M. Vacherot ne fait qu’exprimer l’opinion de la plupart des républicains français, qui est également partagée par ceux qui ne veulent pas de la république. Une assemblée souveraine, émanation du suffrage universel direct, armée d’une puissance irrésistible et commandant à une hiérarchie de fonctionnaires disciplinés et répandus sur tout le pays, afin que les décisions de la majorité puissent être mises à exécution promptement, complètement, sans rencontrer de résistance, voilà bien le régime républicain dont la révolution a légué l’idée à la France. Or cette idée est en contradiction avec tous les faits observés jusqu’à ce jour.

Le régime de toutes les républiques qui ont eu quelque durée a présenté les plus extrêmes complications; on pourrait même formuler ce principe, que plus un régime politique est simple, plus il se rapproche de l’absolutisme : au contraire plus il donne de garanties à la liberté, plus il est compliqué. Rien n’est aussi simple que le despotisme oriental, rien n’est plus compliqué que les institutions des États-Unis. On a écrit de très bons livres pour en exposer le mécanisme; qui cependant peut se vanter de les connaître dans tous leurs détails? C’est qu’en effet il ne suffit pas d’avoir étudié la constitution de l’Union, ni même celles des trente-trois états qui la composent : il faudrait dans chacun de ces états pénétrer au sein des comtés, des communes, suivre la marche de ces corps de fonctionnaires indépendans les uns des autres, tous élus d’après des règles particulières pour veiller aux travaux publics, à l’enseignement, à la milice, à la justice, aux prisons, aux finances; il faudrait saisir les procédés administratifs, complètement différens des nôtres, de ces milliers de corps politiques, tous animés d’une