Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/645

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vie propre, et qu’aucun lien hiérarchique n’enchaîne les uns aux autres. Pour ne citer qu’un exemple, plusieurs pages suffiraient à peine pour donner une idée de la façon dont sont organisées la surveillance et la direction de l’enseignement primaire dans la ville de New-York. Partout on trouve le même système de contrôles et de contre-poids. La division des pouvoirs est poussée à un point qu’on ne peut se figurer. Nulle part, à aucun degré, la volonté d’un homme, fut-il même revêtu de l’autorité suprême, ne peut mettre eu mouvement une série de corps ou de fonctionnaires administratifs.

La république des Provinces-Unies, qui, après avoir conquis la liberté pour elle et pour les sociétés modernes, a joué le rôle d’une puissance de premier ordre malgré la petitesse de son territoire, avait une organisation politique tout aussi compliquée que celle des États-Unis. Quoique je l’aie étudiée avec la plus grande attention, je n’oserais dire que je la connais. Quand on voit combien les pouvoirs étaient disséminés et à quel point toute uniformité, toute unité même, faisaient défaut dans le gouvernement, on s’étonne que cet état ait pu résister aux attaques des plus puissans royaumes du continent, l’Espagne, la France et l’Angleterre, et devenir le centre des grandes coalitions européennes. Quoi de moins simple que les constitutions de Rome ou de Venise? Et l’organisation politique de la Suisse actuelle, qui peut se vanter de la connaître avec ces vingt-deux cantons ayant chacun ses traditions, ses coutumes locales, sa législation particulière et sa constitution toujours en voie de transformation? Rien que le système scolaire du canton de Zurich mériterait une étude sérieuse, tant on est parvenu, par d’ingénieuses combinaisons, à y donner à chaque influence la place qui lui revient. Ainsi donc nulle part la république n’a eu cette forme simple que ses partisans ont toujours voulu lui imposer en France. Si, obéissant à une logique superficielle et à une manie de simplification irréfléchie, on tente de nouveau de la fonder sous cette forme, on ne parviendra pas à la faire durer, parce qu’elle ne sera qu’un despotisme hypocrite et insupportable.

Un autre caractère que l’on attribue généralement à la république, c’est de réduire le pouvoir exécutif presque à l’impuissance. C’est un des motifs pour lesquels le parti radical s’attache avec passion à cette forme de gouvernement. C’est encore une erreur. Un chef de république, quelque nom qu’on lui donne, de quelque façon qu’il soit élu, aura plus de pouvoir qu’un roi héréditaire dans une monarchie vraiment constitutionnelle. La raison en est simple. Le chef de la république n’arrive à ce poste élevé que par sa valeur personnelle. Il se sera distingué par son éloquence, par ses connaissances administratives, par son génie militaire. Pour s’élever,