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coin d’une rue. Le code théodosien fut obligé de réprimer ces violences : « quiconque tuera un de ses rivaux, fût-il convaincu de pratiques magiques, sera puni de mort. » En général pourtant les cochers étaient des gens craignant Dieu ; leur carrière hippodromique était aussi féconde en a naufrages » que la vie du marin, à laquelle l’hippodrome aimait à emprunter beaucoup de ses expressions familières. Ils étaient pieux comme lui : après chaque journée de course, on les voyait se diriger vers l’église la plus voisine, où les appelait non pas le son de la cloche d’airain, mais, suivant la coutume orthodoxe, un marteau qu’on frappait sur une planche.


III.

L’hippodrome de Constantinople, comme le circus maximus de Rome, comme tous les hippodromes de l’antiquité gréco-romaine, se composait essentiellement d’une vaste surface plane, fermée à l’une de ses extrémités par une ligne droite, à l’autre extrémité par un hémicycle, sur ses deux grands côtés par deux lignes droites. À l’hémicycle et sur les deux lignes latérales s’élevaient les gradins où venait s’entasser la multitude. Vis-à-vis de l’hémicycle, sur le petit côté rectiligne, se dressaient des constructions, loges pour les grands personnages, écuries, vestibules pour le stationnement des chars et des attelages ; là se trouvait ce qu’on appellerait chez nous l’enceinte du pesage. Sur l’axe de l’hippodrome, on voyait une terrasse longue, étroite, haute de quelques pieds, terminée à ses deux extrémités par une triple borne : c’était ce qu’on appelait la spina, l’épine dorsale de l’hippodrome ; elle partageait l’arène en deux pistes, la piste de droite, que parcouraient les chars en sortant des places de départ, la piste de gauche, qu’ils parcouraient après avoir tourné la borne de la spina, en revenant aux places de départ. Telles étaient les dispositions générales, communes à tous les hippodromes. Ajoutons, pour en finir avec toute cette géométrie, que celui de Constantinople avait environ 370 mètres de longueur et 60 ou 70 de largeur. Nous pouvons passer maintenant à la description des diverses parties du grand monument que nous venons d’esquisser.

L’hippodrome de Constantinople fut fondé par l’empereur Septime-Sévère. Ce prince avait presque entièrement détruit l’antique Cité de Byzance pour la punir d’une révolte ; puis, frappé des avantages qu’offrait la position de cette ville, située sur deux mers, à la rencontre de deux continens, il s’était mis à la reconstruire sur de plus vastes proportions. Cent vingt-quatre ans avant Constantin, Septime-Sévère avait inventé Constantinople. Naturellement, dans ce siècle du panem et circenses, il commença par l’hippodrome ; il