Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/902

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il faut bien en conclure que sa manière d’entendre la démocratie n’est rien moins que républicaine, et se tourner pour la comprendre du côté de la monarchie.

Si la direction de la démocratie n’appartient pas aux classes moyennes, il faut de toute nécessité qu’elle appartienne à la dictature monarchique. Or c’est là, il faut bien nous l’avouer, la forme de gouvernement qui se rapproche le plus du triste idéal démocratique rêvé par notre peuple, et qui lui donne satisfaction dans une assez juste mesure sans offenser la justice et le sens commun. Ce peuple en effet est profondément monarchique même dans ses erreurs et ses folies, surtout dans ses erreurs et ses folies. La monarchie est toujours en lui à son insu, sinon comme un élément de santé, au moins comme une maladie; elle fait partie de son sang, et il ne peut pas s’en débarrasser; il a voulu l’expulser hors de lui comme principe de vie, et elle y est restée comme principe de mort. Il n’en a plus voulu comme inspiration de ses vertus et de sa raison, elle s’en est vengée en se dissimulant pour inspirer ses déréglemens et ses fièvres. Examinez l’une après l’autre ses pires erreurs, et dans toutes vous trouverez l’esprit de l’antique monarchie et de l’antique église, mais leur esprit dépouillé de tout ce qui l’ennoblissait, leur esprit dégénéré et tombé en putréfaction, ou réduit à ses élémens d’ordre inférieur. Il crache sur l’autorité, mais il adore la force, qui est l’élément terrestre de l’autorité. Il prétend rejeter toute hiérarchie, mais il marche au commandement d’un obscur sectaire avec une obéissance passive dont les armées les plus disciplinées n’offrent pas d’exemple. Il refuse sa croyance à l’église, mais il n’a pas abdiqué pour cela son aptitude à la foi aveugle, et il ne refuse rien de sa raison au plus infime prédicateur de clubs. Il pense sur l’individualité humaine et la liberté comme pensait l’église : l’église s’en méfiait comme d’élémens d’orgueil et de révolte; il les redoute et les hait comme germes possibles d’aristocratie et comme élémens d’usurpation. Tout lui porte ombrage, il regrette le pouvoir qu’il est obligé de déléguer, et à peine l’a-t-il délégué, qu’il croit l’avoir perdu, et qu’il lui semble s’être donné des maîtres. Pour être partisan effréné d’une chimérique égalité, ne croyez pas qu’il soit ennemi des gouvernements de faveur et de privilège; il veut bien de l’égalité pour le reste de la nation, mais à la condition que le pouvoir soit constitué par lui seul et pour lui seul. Un gouvernement de prolétaires qui dicterait des lois à la nation tout entière ne lui semble un rêve ni trop audacieux, ni trop monstrueux. C’est à ces instincts d’absolutisme que répond la dictature monarchique. Nous avons ap-