Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/96

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difficile de repousser sa réclamation sans porter en même temps une atteinte dangereuse au droit de propriété. En accordant la restitution, l’opération ne serait plus très économique. Supposons pourtant qu’on puisse équitablement se soustraire à cette obligation, ou qu’on supprime purement et simplement le budget des cultes sans indemnité, n’y a-t-il pas une autre question redoutable derrière la question de finances? L’état a-t-il intérêt à dégager de son action une puissance aussi considérable que l’église? A-t-il intérêt à la laisser grandir dans sa pleine indépendance et à lui imposer l’obligation de reconstituer sa richesse? Cette question que nous nous contentons d’indiquer est tellement grosse, qu’il serait téméraire de compter pour les prochains budgets sur des économies venant de cette source. Les réductions réalisables sur le service des cultes pourraient atteindre au plus 5 millions, et porter principalement sur les travaux extraordinaires des cathédrales et autres édifices religieux.

Le ministère des affaires étrangères n’a pas un budget très important, puisqu’il ne demande au trésor que 13 millions. Il peut néanmoins supporter quelques réductions. Le budget de ce département est un de ceux qui ont le plus grossi depuis 1850, puisque de 7 millions il a monté jusqu’au chiffre actuel. Cet accroissement s’explique par une augmentation notable du taux des traitemens des agens extérieurs, et aussi par la création d’un assez grand nombre de postes. Le développement de nos relations commerciales et politiques dans les différens pays du monde, surtout dans l’extrême Orient, a nécessité l’établissement d’agens politiques et consulaires pour protéger les intérêts français. Ainsi on a envoyé un ambassadeur à Pékin, des ministres à Téhéran et à Yeddo, des consuls-généraux à Batavia, San-Francisco, Shang-haï, des consuls à l’Assomption, Bagdad, Bangkok, Hong-kong, etc. L’accroissement du personnel extérieur se résume en 2 ministres plénipotentiaires, 17 secrétaires d’ambassade, 8 consuls-généraux et 30 consuls. L’élévation du taux des traitemens n’a pas été moindre. Les sommes allouées aux ambassadeurs ont été portées de 120,000 à 300,000 fr. pour Saint-Pétersbourg, de 150,000 à 275,000 pour Londres, de 90,000 à 200,000 pour Vienne, etc. Il en est de même pour les consuls-généraux et les consuls : leur traitement s’est également accru dans une assez grande proportion. Les malheurs de la France imposent à ses représentans à l’étranger une simplicité qui permettra de réduire ces chiffres. On pourra en outre apporter dans le nombre et la nature des postes des modifications qui atténueront la dépense. Ainsi rien n’empêcherait de supprimer certains de nos agens politiques. En Allemagne notamment, où les anciennes conditions sont si profondément changées, ne conviendrait-il pas de retrancher les postes diplomatiques de Carlsruhe, Darmstadt, Dresde,