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Changarnier en a parlé à la tribune comme d’une conception heureuse trop facilement abandonnée ; le maréchal Bazaine, dans un entretien confidentiel avec la maire de Metz, en regrettait aussi l’abandon, qu’il attribuait à un intérêt dynastique.

Le général de Failly, qui se repliait dans le plus grand désordre sans avoir combattu, fut appelé de Mirecourt à Toul, probablement pour opérer en avant de cette dernière place la concentration à laquelle on songeait et pour donner la main à l’armée de Metz ; mais il régnait alors une telle confusion et une telle incertitude au quartier impérial que, le jour même où le commandant du 5e corps recevait des instructions en ce sens, le télégraphe lui en apportait de contraires quelques heures après. « Vous avez reçu ce matin l’ordre de vous diriger vers Toul, lui écrivait le 12 août le major-général ; l’empereur annule cet ordre, et vous prescrit de vous diriger vers Paris en suivant la route qui vous paraîtra la plus convenable. » Une nouvelle dépêche contredisant les deux précédentes l’envoyait au camp de Châlons, d’où il devait marcher sur Sedan. Le 6e corps, de son côté, ne recevait pas d’instructions plus précises que le 5e ; appelé d’abord de Châlons à Nancy, puis renvoyé de Nancy à Châlons et définitivement rappelé à Metz, il arrivait incomplet à sa dernière destination, après avoir laissé sur les routes une partie de sa cavalerie et de ses canons. A peine une résolution était-elle prise, qu’une résolution opposée en détruisait l’effet. La retraite du général de Failly et l’immobilité de l’armée autour de Metz découvraient la place de Toul, où rien n’avait été préparé pour la défense. On eût pu créer à l’ennemi des obstacles sérieux en avant de la ville, si l’on avait fait sauter le tunnel de Foug et détruit à Fontenoy le pont du chemin de fer, comme le demandait le lieutenant-colonel du génie Michon. Des fourneaux de mines furent établis sur ces deux points, mais on ne devait les allumer que si l’empereur en donnait l’ordre. Les Prussiens arrivaient, l’ordre n’arriva jamais. Le pont ne fut détruit que cinq mois après par une tentative hardie des corps francs qui coûta à la Lorraine dix millions de contributions et causa la ruine du malheureux village de Fontenoy, froidement et systématiquement brûlé, suivant l’usage prussien, pour punir les habitans d’un fait de guerre auquel aucun d’eux n’avait pris part.

Dès que la retraite du 5e corps fut résolue, le gouvernement considéra la place de Toul comme sacrifiée, comme destinée à succomber aussitôt que l’ennemi l’attaquerait sérieusement. On ne songea plus qu’à diminuer le butin du vainqueur en faisant sortir de la ville la plus grande partie des réserves qu’on y avait rassemblées, l’équipage de pont, les compagnies de pontonniers, les batteries d’artillerie, quatre dépôts de cavalerie sur cinq ; on n’y laissa qu’une garnison d’environ 2,600 hommes, parmi lesquels on comptait à