Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 97.djvu/584

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Ces sanctuaires primitifs étaient de grossiers blocs de pierre qu’on dressait en tous lieux, surtout sur les collines, en témoignage de quelque serment ou en mémoire de quelque événement important. On consacrait ces pierres avec une onction d’huile, de gros vin ou de sang du sacrifice. Plus tard, l’origine de ces monumens mégalithiques fut rattachée aux légendes des patriarches, et l’on éleva des autels et des temples sur leur emplacement. Ce sont là ces bâmôth ou « hauts-lieux » dont il est tant parlé dans la Bible, mentionnés également sur la stèle de Mésa comme dans l’inscription de Umm el awâmîd, etc., et où l’on continuait à offrir des sacrifices longtemps encore après la centralisation du culte à Jérusalem.

Toutes ces tribus nomades qui étaient venues s’abattre avec leurs troupeaux sur le pays de Chanaan étaient un fléau pour les habitans. Ils n’entraient pas plus dans les villes que les Bédouins de nos jours ; ils dressaient leurs tentes dans la campagne, mais ils dévoraient jusqu’au dernier brin d’herbe et pillaient la contrée. Plus d’une ville eut le sort de Sichem, où ils égorgèrent les hommes, volèrent tout ce qu’il y avait dans les maisons, et d’où ils emmenèrent les femmes et les troupeaux. Le sol de la Palestine paraît n’avoir pu suffire à la nourriture de toutes ces hordes, car nous voyons au moins les derniers venus, les Beni-Israël, descendre plusieurs fois en Égypte pour échapper à la famine. C’est ainsi que naguère encore 10,000 ou 12,000 Arabes des provinces de Bengazi et de Tripoli, poussés par la faim, ont quitté le pays et traversé le désert pour se rendre en Égypte.

Dès la XIIIe dynastie, les tribus sémitiques du nord avaient commencé à envahir la Basse-Égypte. Des nomades comme e Abraham et les fils de Jacob, dont toute la richesse consistait en troupeaux, ne pouvaient être aux yeux des Égyptiens que « des rois pasteurs, » des Hyk-sôs, comme les autres hordes de l’Arabie, de la Syrie et du pays de Chanaan. Aussi bien la parenté des Hyk-sôs et des Térachites ne fait guère doute aujourd’hui. On sait que, sous la XVIIIe dynastie, les anciens maîtres du pays reprirent peu à peu le dessus, et que les pasteurs durent abandonner Avaris (Tapis) et sortir de l’Égypte. Les Hébreux restèrent. Ils s’étaient établis au nord-est de l’Égypte, dans le pays de Goschen, qui se trouvait sur la route de Chanaan. Située entre la Mer-Rouge et le Nil, cette contrée était si fertile en pâturages qu’on l’appelait « la meilleure partie du pays. » Le Sémite, terriblement fécond, crût et se multiplia tellement que les Pharaons de ce temps-là, qui ignoraient jusqu’au nom de Joseph, ne virent pas sans inquiétude la prospérité de ces pasteurs. Les Égyptiens, qui avaient les pasteurs en horreur, et qui même, d’après Manéthon, les auraient chassés comme impurs, les