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REVUE. — CHRONIQUE.


article de leur programme concerne le mariage ; ils demandent qu’à l’avenir les femmes soient libres de quitter leurs maris, si cela leur convient. Les rebelles coupaient les télégraphes, attaquaient les convois, brûlaient des villages, faisaient main basse sur les caisses publiques qui, par hasard, renfermaient de l’argent, et rançonnaient sans distinction leurs nationaux comme les étrangers. À Monterey, le général Trevino fit arrêter les fonctionnaires fédéraux et leva une contribution de 50,000 pesos. Le consul américain, qui était inscrit sur la liste pour 1,500 pesos (7,500 francs), refusa d’abord d’obéir et arbora le drapeau étoile de l’Union ; mais on lui donna dix jours pour payer ou pour aller en prison, et il s’exécuta. Après avoir équipé à Monterey un petit corps d’un millier d’hommes, le gouverneur de Nuevo-Leon se mit en marche pour attaquer Saltillo, que défendait le gouverneur juariste Cepeda, pendant que Martinez y arrivait par une autre route. La défection de Trevino donnait au mouvement insurrectionnel un caractère de gravité, car ce général jouit d’une grande considération ; il avait soutenu plus d’une fois la cause de Juarez, qui le comptait au nombre de ses amis ; encore en 1870, il s’était battu contre le même Martinez avec lequel il faisait maintenant cause commune. Pour expliquer sa détermination subite, on supposait qu’il avait dû conclure avec Diaz un traité secret où il s’était réservé une position au moins équivalente à celle qu’il occupait jusqu’à présent. En se prononçant pour Diaz, il se séparait d’ailleurs de la législature de Nuevo-Leon, qui restait fidèle à M. Juarez.

Après quelques escarmouches heureuses contre des troupes fédérales envoyées au secours de Saltillo, Trevino, Quiroga et Martinez réussirent à bloquer complètement la place. Le 28 novembre, les assiégeans pénétrèrent dans la ville, que les fédéraux leur disputèrent pied à pied : le 5 décembre au soir, la citadelle capitulait à son tour ; la garnison, de 1,600 hommes, obtint de se retirer après avoir déposé les armes. De Saltillo, Trevino se dirigeait sur San-Luis Potosi, lorsqu’il apprit que San-Luis et Guanajato, qui jusque-là semblaient dévoués à la cause de Porfirio Diaz, venaient de se prononcer pour Lerdo. En revanche, le parti porfiriste gagnait du terrain dans les états du sud. Diaz lui-même, qui d’abord s’était tenu sur la réserve en déclarant qu’il se soumettrait au vote du congrès, avait pris les armes. Il arborait le drapeau de la constitution de 1857, mais en apportant à la loi électorale des modifications qui trahissaient des tendances réactionnaires, et que la presse juariste exploitait habilement contre lui.

M. Juarez ne pouvait se faire illusion sur la gravité du mouvement insurrectionnel. Il s’était empressé de mettre en campagne toutes les troupes disponibles, environ 14,000 hommes, sous les généraux Alatorre, Rocha, Escobedo, Cortina ; mais les caisses de l’état étaient vides comme à l’ordinaire, et les opérations sont difficiles, dans un pays aussi vaste et aussi