Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 99.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


IMPRESSIONS
DE VOYAGE ET D’ART

III.
SOUVENIRS DE BOURGOGNE. [1]


I. — DIJON. — PHYSIONOMIE ET CARACTERE DE LA VILLE.

Dans une précédente étude, à propos de cette épidémie de statues monumentales qui s’est abattue sur nos promenades et nos places publiques, j’insistais sur ce qu’avait de banal ce témoignage de reconnaissance appliqué indifféremment à tous les services et à tous les genres de mérite. Il m’est agréable aujourd’hui de commencer ces souvenirs de Dijon en rendant aux citoyens de cette illustre ville la justice qu’ils ont eu le bon goût de ne mériter en rien cette accusation. Des grands hommes, ils en avaient à en garnir, s’ils l’avaient voulu, toutes leurs places, toutes leurs promenades, et à en encombrer encore par-dessus le marché les allées du charmant petit parc de Le Nôtre ; mais ils ont considéré sans doute que la plupart étant gens de robe ou de plume, érudits et écrivains ou magistrats, leur souvenir, cher surtout aux gens de bien et de labeur, libéral, ne gagnerait rien à être étalé aux yeux des foules. Il était d’ailleurs assez difficile de choisir au sein d’une telle abondance, il en faut convenir, et ici l’embarras des richesses a produit juste le même résultat qu’ailleurs l’excès de l’indigence. On a vu des villes qui, manquant de grands hommes, se sont plu à s’en inventer pour se donner le luxe d’une statue monumentale ; Dijon, qui en avait à

  1. Voyez la Revue du 15 mars.