Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 99.djvu/84

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révolutionnaire qui grandissait d’heure en heure, qu’elle compliquait de l’élément le plus redoutable, puisqu’elle promettait une armée à ceux qui n’en avaient pas, aux conspirateurs, qui sont le plus souvent des chefs sans soldats. « La note politique s’accentuait, » selon le mot de M. Tolain, et c’est ainsi qu’à la faveur des moyens nouveaux d’agitation dont on pouvait disposer se dessinait, se précisait cette situation étrange où une révolution n’était pas infaillible sans doute, mais où elle redevenait possible par ce seul fait que les révolutionnaires politiques, les jacobins, les radicaux, grossis de tous les aventuriers de la plume, de tous les bohèmes, de tous les déclassés, pouvaient trouver désormais dans les affiliés de l’Internationale ce qu’ils appelaient « un instrument tout prêt, une armée constituée. »

Que restait-il à ce moment, en 1869, en 1870, de l’Internationale primitive ? Une organisation de guerre civile qui dépassait cette fois tout ce qu’on avait vu, et ici je voudrais montrer, ne fût-ce que d’un mot, cette éternelle fatalité qui s’attache en France à toutes les tentatives de l’esprit d’association pour les ruiner. On ne peut rien essayer, on ne peut rien organiser dans un certain ordre d’intérêts sans qu’il y ait quelque fissure par où la politique pénètre aussitôt, sans qu’une pensée révolutionnaire vienne se glisser parmi des hommes réunis quelquefois pour l’objet le plus simple. On ne voit pas que c’est là ce qui a empêché jusqu’ici l’idée d’association de s’acclimater en France, de devenir une réalité sérieuse et durable. M. Héligon raconte lui-même qu’il s’était formé une société coopérative d’alimentation et de consommation qui s’appelait la Marmite. C’était assurément bien simple et d’une apparence bien inoffensive. « Eh bien ! ajoute M. Héligon, cette société est devenue tout de suite une société politique. » Qu’est-ce donc lorsqu’il s’agit d’associations plus considérables ou d’un caractère moins pratique, moins défini ? — « Il s’était passé sous l’empire des faits qui avaient amené des haines, » dit M. Tolain, et par là s’expliquent les déviations inévitables. C’est là le mot en effet, l’empire avait excité des haines qui pendant des années avaient paru assoupies, mais qui n’étaient pas mortes, qui au premier signal se ravivaient au contraire plus ardentes que jamais. Le gouvernement impérial, par ses condescendances, par ses velléités démocratiques, croyait avoir désarmé les ressentimens ; en réalité, il n’avait sérieusement réussi à rien, pas même à effacer les souvenirs du 2 décembre, et il voyait se relever ou tourner contre lui tout ce qu’il avait fait, les journaux qu’il laissait renaître, les réunions publiques qu’il rouvrait, les essais d’organisation ouvrière qu’il avait encouragés ou couverts de sa tolérance avant d’être réduit à les poursuivre, les classes mêmes