Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/131

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doit chercher la cause d’un fait non moins important, que l’état en Italie ait pu laisser à l’église une plus grande liberté que partout ailleurs. Il ne faut pas confondre en effet la liberté accordée à l’église avec l’indépendance assurée au pape. Celle-ci, l’indépendance du pape, était le côté politique du problème ; l’autre, la liberté de l’église, en est le côté ecclésiastique et religieux. Nous venons de voir que l’indépendance du pape est parfaitement sauvegardée par le premier titre de la loi des garanties ; le gouvernement italien s’est-il aussi bien tiré de la difficulté ecclésiastique, difficulté qui n’est pas spécialement italienne, mais de tous les pays à notre époque ? Nous allons en juger.

Il faut pourtant observer que le gouvernement italien aurait pu, tout en reconnaissant à la papauté les droits que spécifie la loi des garanties, garder par rapport à l’église italienne tous les droits historiques ou contractuels que les autres états continuent à exercer vis-à-vis de leurs églises nationales ; les différens royaumes qui se partageaient la péninsule avant 1859 avaient énergiquement défendu en tout temps ces droits contre les entreprises de Rome. Eh bien ! il n’en a rien été. Le gouvernement italien, en commençant avec la papauté temporelle la plus grande lutte que celle-ci ait jamais eu à soutenir, a débuté en laissant à la papauté spirituelle la direction libre et entière du gouvernement de l’église, et en l’entourant de droits qui la mettaient à l’abri de toute attaque. On doit reconnaître dans cette politique un esprit libéral très sûr, très confiant dans la force naturelle de la vérité et du progrès. C’est du comte de Cavour que cette politique relève : les ministres qui lui ont succédé n’ont fait que lui rester fidèles, et au ministère Lanza [1] n’appartient que l’honneur, le très grand honneur de l’avoir exécutée, autant qu’elle pouvait l’être dans la condition actuelle des choses et des esprits.

On vient de publier à Turin le dernier volume de l’Histoire de la diplomatie européenne en Italie depuis 1814 jusqu’en 1861, par Nicomède Bianchi. Les documens que l’auteur est parvenu à se procurer sont très curieux. C’est la première fois qu’on a pu lire ainsi les instructions que le comte de Cavour a données à des négociateurs secrets, chargés de traiter avec la cour de Rome l’échange du pouvoir temporel contre la liberté de l’église. Quelle confiance

  1. Le ministère Lanza, constitué le 14 décembre 1869, était composé comme il suit : Lanza, président ; — Sella, finances ; — Visconti, affaires étrangères ; — Gadda, travaux publics ; — Raeli, grâce et justice ; — Correnti, instruction publique ; — Govone, guerre ; — Castagnola, agriculture et commerce. — MM. Gadda, Raeli, Correnti, Govone, n’y appartiennent plus à présent ; ils ont été remplacés par MM. Devincena, de Falco, Scialoja, Ricotti. Au ministère de la marine, M. Acton, qui avait été nommé le 15 Janvier 1870, a été remplacé par M. Ribotti le 31 août 1871.