Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de Nourrit, comme absurdité, dépassa tout. Ne voulant point engager la lutte, il devait simplement s’éloigner pour un temps, quitte à venir plus tard reconquérir sa place, qui, même après les immenses succès de Duprez, se serait encore trouvée la première dans le répertoire. » Ces paroles sont d’un homme dont le génie musical projeta sur notre époque un certain lustre ; je ne prononcerai pas son nom, puisqu’il est mort, et ne pourrait ni confirmer ni contredire ce que j’avance ; une chose certaine, c’est que je les ai notées dans le temps, et que bien souvent depuis j’ai réfléchi à ce qu’elles pouvaient avoir de vrai. Tout ceci servirait à démontrer que le rôle d’Arnold, avec son double caractère de grâce et de force, mêlant le tendre au véhément, la pastorale à l’héroïde, l’élégie au plus sublime pathétique, est un terrible rôle où notre imagination, se rappelant à la fois Nourrit et Duprez, aime à les fondre ensemble tous les deux dans un même idéal. « Il y faudrait la des Œillets dans les deux premiers actes et la Champmeslé dans les trois derniers, » disait Louis XIV, parlant du personnage d’Hermione.

C’est un grand premier rôle de femme, une Hermione qu’il nous faudrait à nous maintenant ; Point d’étoiles ni de phénomènes, mais simplement une bonne cantatrice de répertoire, un de ces sujets comme le Conservatoire en savait former au temps des Falcon : rareté grande assurément mais peut-être pas introuvable, et qu’il importe de se procurer à tout prix. Dona Anna, Valentine, Sélika, Armide, la réclament au nom du glorieux passé, et pour le moment Jeanne d’Arc ne serait point fâchée de la voir lui venir à l’aide. En fait de voix, la pucelle de Vaucouleurs, après en avoir tant évoqué, semble n’en plus avoir à son service. Marie Sasse et Gabrielle Krauss pourtant lui conviendraient assez : à tout prendre, on aurait encore M, le Fidès Devriès, qu’un grand premier rôle n’effraierait pas ; mais alors qui chanterait Agnès Sorel ? A l’endroit du personnage de Charles VII, M. Faure se montrerait quelque peu hésitant ; il n’aime point, dit-on, ce grand flandrin de sire qui ne songe qu’à fêter sa maîtresse au moment où la France agonise. Historiquement une telle antipathie se conçoit et n’est que louable ; mais ici la question de théâtre prime la question d’histoire, et l’important est moins de savoir si Charles VII répond complètement à l’idéal que M. Faure se fait d’un roi de France que de savoir si musicalement le rôle est bien écrit dans sa tonalité, car, avec ces sortes de préoccupations, les chanteurs ne consentiraient bientôt plus à représenter que des héros accomplis, rejetant systématiquement toute figure entachée de laideur morale ou physique, et qui aurait contre elle le tort immense de ne prêter ni à l’élégance ni à la variété des costumes. Ainsi nous serions ramenés à cette bienheureuse période où le virtuose à la mode n’acceptait que des rôles de nature à faire briller ses avantages extérieurs, où le ténor Elleviou, écoutant la lecture du Calife de Bagdad,