Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/209

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Bien différemment procède Beethoven, et pas n’est besoin de se mettre l’esprit en quatre pour avoir le secret de telle de ses sonates ou de ses symphonies. Beethoven se raconte lui-même ; qui connaît bien sa vie lit à livre ouvert dans ses ouvrages. Ce n’est donc pas, comme le prétend M. Richard Wagner, le monologue de Faust que l’auteur de la symphonie avec chœur traduit dans son andante, c’est son propre monologue à lui-même ? cherchez de ce côté, vous trouverez ; creusez l’existence du poète, et vous entrerez à fond dans le sens de sa pensée.

Maintenant quelles étaient pour Beethoven ces conditions morales et physiques lorsque la neuvième symphonie vint au monde ? Derrière lui, tout un passé rempli des plus amères, des plus sombres déceptions ; pas une amitié, pas un amour ! Contre ses premières émotions de cœur, contre son inclination pour Giulia Guicciardi, les influences de caste avaient prévalu ; plus tard, une autre jeune fille, qu’il adora et qu’en même temps recherchait Hummel, donna la préférence à son confrère. Hummel avait une situation et Beethoven n’en avait pas, et de plus était affligé d’un commencement d’infirmité. Ses frères, les seuls amis sur lesquels il dût compter, avaient pris à tâche de l’isoler, de faire le vide autour de sa personne, afin d’être mieux en passe d’exploiter son génie impunément. Nous voyons que, vers 1802, le suicide le tenta, et que l’art fut en cette occasion son unique sauvegarde. « Je ne voulus pas quitter ce monde, écrit-il, sans avoir tout donné ce que je sentais en moi, et c’est ainsi que je me résignai à laisser se prolonger cette misérable existence. » Et cependant, à travers tant d’épreuves quelques consolations s’offraient aussi. Vienne saluait dans Beethoven son grand artiste ; mais jusque dans cette coupe de la renommée se mêlait la goutte de fiel. Ce mouvement d’opinion dont par intervalles il se délectait n’était pas universel. Dans la capitale de l’Autriche comme de différens points de l’Allemagne, des voix hostiles s’élevaient, et parmi ces voix, faut-il le dire ? celle de Charles-Marie de Weber, qu’on retrouve aigre et discordante sur le chemin de toutes les gloires. C’était décidément un vilain homme que l’auteur du Freyschütz et d’Euryanthe, c’était un méchant. Nous l’avons montré jadis poursuivant Rossini des plus violentes diatribes ; le voici maintenant harcelant Beethoven de ses sifflemens de vipère, et quand je parle ainsi, ce n’est point parce qu’il nous détestait. Weber ne se contentait pas d’insulter la France ; au dedans comme au dehors, le génie et le succès lui portaient ombrage, et malheur aux vainqueurs ! « Il nous peine, écrit à ce sujet M. C. Naumann, un des maîtres de l’esthétique musicale en Allemagne, il nous peine d’avoir à constater que Charles-Marie de Weber figurait en tête de cette bande qui publiquement chagrinait Beethoven de ses attaques et de ses outrages. » Et ce neveu qu’il chérissait comme un fils et dont la conduite le déshonorait, et ce Goethe, objet de tant d’admiration, qu’il allait