Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/231

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Après tout, si M. Thiers le voulait bien, s’il était homme à subir certaines obsessions ou à comprendre à demi-mot certaines choses, ils ne demanderaient pas mieux que de l’aider un peu contre l’assemblée, la grande ennemie ! Or contre l’assemblée que peut-on faire ? C’est toujours un coup d’état plus ou moins déguisé, plus ou moins révolutionnaire. Le parti radical n’est pas précisément embarrassé sur ce point, il serait prêt à tout pour faire justice de l’assemblée avec M. Thiers, sauf à faire justice après de M. Thiers lui-même, et à installer dans le vide la république radicale avec ses agitations, ses incohérences, ses menaces pour la sécurité comme pour la grandeur de la France ; mais c’est là justement qu’éclate la vérité du mot de M. Thiers : « la république sera conservatrice ou elle ne sera pas. » Le jour où il serait prouvé que la république n’est pas possible dans des conditions conservatrices, qu’elle doit tourner inévitablement au radicalisme, ce jour-là la question serait résolue d’abord dans l’esprit de tous les hommes sensés, bientôt dans l’esprit de la nation tout entière. Croit-on en effet qu’un pays qui a besoin de paix et de travail consentirait à vivre dans un état perpétuel d’incertitude et d’agitation ? Non certes, ce pays, eût-il été un moment enlevé par surprise, répudierait bien vite un régime qui lui refuserait le repos et la sûreté dans une vie laborieuse. C’est ce qui fait que cette journée du 27 avril, qui a été une victoire pour le radicalisme, est en même temps le coup le plus sensible porté à la république, qui ne peut vivre qu’en se dégageant de plus en plus, en s’affranchissant de toutes les influences révolutionnaires.

Maintenant comment un tel résultat est-il devenu possible ? Que peut-on faire pour en atténuer les conséquences, pour maintenir la France dans les conditions de politique libérale et conservatrice où elle doit rester ? Ici c’est en vérité le conflit de toutes les impressions soudaines et de tous les jugemens précipités. Aux yeux des uns, ce n’est rien, ce n’est qu’un accident tout simple, tout naturel dans un pays démocratique et dont il n’y a ni à s’émouvoir, ni à se préoccuper, contre lequel on doit surtout s’abstenir de prendre des mesures ou de montrer une mauvaise humeur inutile ; aux yeux des autres, tout est compromis, il faut agir au plus vite, s’armer contre ce péril de révolution. Pour ceux qui ne veulent être ni optimistes ni pessimistes, c’est assurément une situation grave, qu’il faut savoir regarder sans trouble et qu’on peut toujours redresser, raffermir, en évitant précisément tout ce qui a pu la préparer. Le scrutin parisien du 27 avril n’a mis qu’un député de plus dans l’assemblée, il contient en réalité des lumières pour tout le monde, pour le gouvernement et pour l’assemblée. Évidemment ces agitations parlementaires, ces tiraillemens stériles dont se compose notre malheureuse existence politique depuis quelque temps, ne sont point étrangers au résultat qui vient de se produire. Que veut-on que de-