Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/245

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L’importation de l’opium en Chine s’élève aujourd’hui à 75,000 caisses, soit 4 millions de kilogrammes, et cette quantité est consommée par 4 millions de fumeurs, ce qui fait une consommation annuelle moyenne de 1 kilogramme par fumeur. La proportion n’est pas énorme. Il est vrai qu’un certain nombre de fumeurs insatiables passent presque toute la journée à fumer et consomment jusqu’à 6 grammes d’opium par jour, ce qui, d’après les évaluations de M. Armand, représente soixante pipes à peu près (c’est-à-dire 1 décigramme par pipe), mais la grande majorité de ceux qui fument l’opium se contentent de quelques pipes par désœuvrement dans l’intervalle de leurs occupations. Les mandarins, les lettrés fument aussi cinq ou six pipes par jour, ce qui les occupe à peu près une heure, la durée de chaque pipe étant de dix minutes. Bref, il y a environ 4 millions de fumeurs consommant en moyenne 4 millions de kilogrammes d’opium, et cela sur une population de plus de 500 millions d’habitans. En vérité, ce fléau est bénin.

Comment fume-t-on l’opium ? Le tuyau d’une pipe à opium est large de 40 à 50 centimètres et fermé par un bout près duquel est percé latéralement un trou destiné à recevoir le fourneau de la pipe. Celui-ci est une sorte de pomme d’arrosoir en terre peinte ou en métal, au milieu de laquelle est disposé un orifice en infundibulum et très étroit. Pour charger la pipe, on garnit les bords de cet orifice avec l’extrait d’opium de façon à former une espèce de bourrelet. Pour la fumer, on approche la pipe ainsi garnie de la flamme d’une petite lampe, et on aspire la flamme de manière à la diriger sur l’opium qui brûle en bouillonnant et en remplissant de fumée l’intérieur de la pipe. L’opium se boursoufle alors et obstrue l’orifice. Les fumeurs remédient à cet inconvénient en passant, après chaque aspiration, une aiguille au milieu de la masse boursouflée, et rétablissent ainsi la communication de l’air avec l’intérieur de la pipe. Le fumeur doit donc avoir une flamme en permanence à côté de lui. Pour celui qui ne veut fumer que quelques pipes, la flamme d’une bougie suffit, mais celui qui veut fumer plusieurs heures, accoudé ou couché sur le côté, a besoin d’une flamme très basse et qui dure longtemps. A Singapour, les lampes de fumeurs sont alimentées d’huile de coco qui donne peu de fumée ; une lampe à esprit-de-vin brûlerait trop vite. — Pourquoi le trou central dont on enduit les bords avec l’opium est-il si étroit ? C’est pour que l’inspiration soit plus prolongée et aussi pour éteindre au passage la flamme employée à brûler l’extrait narcotique.

La quantité d’opium qu’on prend habituellement pour préparer une pipe est de 5 centigrammes à 1 décigramme. Pour puiser l’extrait dans le petit récipient qui le contient, le charger et l’enrouler sur la cuiller construite tout exprès, l’appliquer au pourtour de l’orifice central de la pipe, et disposer la lampe à la flamme de laquelle on doit le consumer, un fumeur exercé, mais qui goûte le charme de tous ces mouvemens