Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/249

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eux-mêmes dans cette force de résistance constituée au cœur du pays qu’un obstacle momentanément opposé à une invasion trop entreprenante, un point d’appui pour des armées bientôt ramenées au combat, pour une réorganisation de la défense nationale. Ce que ni Vauban, ni Napoléon, ni les auteurs des fortifications n’avaient prévu, c’est qu’un jour viendrait où tout ce qu’il y avait de forces régulières aurait disparu dans un gouffre, où Paris resterait seul bloqué comme une bicoque des Vosges, coupé de la France, réduit à tout tirer de son propre sein, à improviser même un gouvernement, et où malgré tout Paris tiendrait encore près de cinq mois ; c’est là cependant ce qui est arrivé ! En quelques semaines, l’armée française disparaît, désorganisée, détruite, enlevée ou cernée. L’invasion, n’ayant plus rien devant elle, peut s’avancer tranquillement, venir allumer les feux de ses bivouacs sur les coteaux de Meuden et de Saint-Cloud. Les événemens se précipitent en désordre, et presque avant qu’on ait pu avoir le temps d’y songer, ce drame prodigieux, émouvant, héroïque, du siège de Paris se noue en quelque sorte dans les désastres militaires les plus imprévus et dans une révolution politique.


I

Comment cette situation s’est-elle produite ? C’est l’histoire de ce cruel mois d’août 1870 pendant lequel s’accumulent les déceptions et les catastrophes, qui ressemble à un prologue douloureux et agité d’événemens plus douloureux encore. A partir du 7 août, à dater de ce jour où éclate brusquement sur Paris le double coup de foudre de Wœrth et de Forbach, il est clair que, si tout n’est point déjà perdu, toutes les extrémités deviennent possibles. Dès ce moment, la guerre a changé de caractère, la défense n’est plus seulement aux frontières, elle est partout, elle peut être d’un instant à l’autre à Paris. La veille encore, on en était aux illusions les plus folles, aux marches sur Berlin, aux victoires étourdissantes enlevant vingt-cinq mille prisonniers et un prince de Prusse ; le lendemain, on se réveille en face de ces premiers revers qui montrent tout à coup notre intégrité nationale entamée et un empire s’affaissant sous le poids de ses fautes. La crise militaire et politique s’ouvre brusquement dans toute son intensité, dans une sorte de trouble mêlé de stupeur où la France cherche à tâtons une direction, une autorité qu’elle ne trouve nulle part, où Paris ému, défiant, irrité, reste livré au péril de toutes les excitations soudaines.

C’était assurément une situation terrible, qui contenait déjà tout ce qui allait arriver, Sedan et le 4 septembre. Aurait-on pu