Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/25

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Nous avons vu la lutte entre le catholicisme et le gouvernement prussien éclater à l’occasion des professeurs non-infaillibilistes, que les évêques soumis au nouveau dogme voulaient destituer. Ces évêques se réunirent de nouveau dans cette même ville de Fulda, où à la veille du concile ils avaient fait entendre une timide protestation contre le nouveau dogme. Ils en adressèrent une en sens contraire à l’empereur Guillaume. Celui-ci leur répondit par ces paroles, qui ne laissaient place à aucun accommodement : « Je suis obligé de maintenir les lois existantes et de protéger selon ces lois chaque Prussien dans la jouissance de ses droits. » Cela signifiait que toutes les destitutions épiscopales des non-infaillibilistes seraient considérées comme nulles et non avenues. C’était créer aux évêques une situation très difficile, car ils se voyaient sans défense contre des opinions qu’ils devaient considérer comme des hérésies depuis leur soumission, et qui seraient enseignées désormais en toute liberté jusque dans les instituts destinés à former leur clergé. La suppression de la direction spéciale des affaires catholiques dans le ministère des cultes à Berlin était un symptôme inquiétant : cet acte de résolution indiquait que le gouvernement voulait s’occuper directement des affaires de l’église catholique sans s’astreindre à consulter les intéressés.

Des mesures plus graves étaient déjà décidées. Trois lois furent proposées dans la première session de 1872, qui devaient mettre aux mains du gouvernement les moyens les plus efficaces pour prévenir toute résistance. La première, comprenant ce qu’on peut appeler les délits de la prédication, fut proposée au Reichstag. La manière dont elle fut introduite est empruntée aux procédés de la comédie. M. de Bismarck la fit réclamer par la Bavière. Le ministère bavarois, vint pousser un grand cri d’alarme dans le parlement de l’empire, et se déclara impuissant contre l’éloquence des curés du royaume. Le chancelier prussien eut l’air de prendre ces terreurs au sérieux et pressa l’assemblée, qui était aux derniers jours de la session, de parer à un si grave péril. On sait que le lion profite souvent de la chasse du chacal qui fait lever le gibier à son profit. La loi réclamée fut votée à la vapeur, selon l’expression d’un député, comme si la maison brûlait et que le sauvetage ne pût être retardé d’une heure. Elle était ainsi formulée : « tout ecclésiastique qui dans l’exercice ou à l’occasion de ses fonctions traite des affaires de l’état devant une assemblée, de manière à mettre en péril la paix publique, peut être condamné à deux ans de détention dans une prison ou dans une forteresse. » Cette loi a provoqué une opposition sérieuse en dehors même du camp catholique, comme on peut s’en convaincre par l’excellent livre de M. Constantin Franz,