Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/269

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s’étendait déjà de toutes parts, et il en était à se demander ce qu’il avait à faire, s’il serait obligé de se replier du premier coup sous le canon de la place ou s’il pourrait défendre encore les positions avancées de la ligne extérieure. Cette question, il l’examinait particulièrement avec un autre chef militaire, le général Ducrot, qui, après avoir combattu à Wœrth et à Sedan, après avoir subi le sort de tous ses compagnons d’armes à la suite de cette dernière journée, avait réussi à s’échapper des mains de l’ennemi, était arrivé à Paris le 15 septembre, et s’était aussitôt rendu au Louvre portant à la défense un concours aussi précieux qu’inattendu. Le gouverneur, retrouvant en Ducrot un vieil ami qu’il savait résolu et actif, s’était hâté de lui donner le commandement supérieur du 13e et du 14e corps dans l’intérêt de l’unité des opérations, au risque de quelques froissemens qui par malheur n’ont pas laissé d’avoir un rôle pendant le siège. Les deux généraux, dès leur première entrevue, après un examen rapide de la situation, convenaient de se rendre ensemble sur les positions extérieures, et ils s’y rendaient en effet le lendemain matin. Ils trouvaient les travaux inachevés et incomplets un peu sur tous les points, à Montretout, à Sèvres, à Meudon, à Châtillon, où ils s’arrêtaient de préférence.

Pouvait-on abandonner ces positions sans combat et pour ainsi dire à la première sommation de l’ennemi ? Ici se dessinaient tout de suite les caractères des deux chefs. Le général Trochu, préoccupé de l’immensité de la tâche qui pesait sur lui, sentant la faiblesse de ses moyens réels pour une défense si étendue et si complexe, hésitait à s’engager à fond sur un seul point, à tout risquer dans une action décisive qui pouvait avoir les plus graves conséquences au point de vue politique aussi bien qu’au point de vue militaire, si on ne réussissait pas. Le général Ducrot, n’écoutant que son ardeur, brûlant d’impatience à la pensée que les Prussiens allaient pouvoir défiler tranquillement autour de Paris, frappé aussi du désavantage qu’il y avait dans cet état perpétuel de défensive et de surprise où nous étions depuis le commencement de la guerre, Ducrot demandait à se jeter sur l’ennemi. On convenait en effet qu’il fallait agir sur-le-champ avant que l’investissement fût accompli.

Châtillon avait nécessairement fixé tout d’abord l’attention. Avec le plateau de Villejuif, qui est plus loin vers la Seine, en avant du fort de Bicêtre, c’est la clé des défenses du sud. D’un côté, le plateau de Châtillon a la vue directe sur Paris, vers lequel il s’abaisse rapidement par une rampe où se déroule le village même de ce nom ; de l’autre côté, dans la direction du sud, il s’étend à une distance de cinq ou six kilomètres, flanqué à l’est par Bagneux, touchant par l’ouest au vallon de Clamart, se reliant à Meudon, allant