Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/270

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


couronner de ses crêtes la vallée de la Bièvre qu’il domine, et traversé par la grande route de Choisy-le-Roi à Versailles, qui se croise à la hauteur du Petit-Bicêtre avec la route dite de Chevreuse, venant de Châtillon. Maîtres de ces positions, les Allemands n’avaient plus qu’à patienter, tenant sous leur canon le sud de Paris jusqu’à la Seine, jusqu’à l’île Saint-Louis. Si au contraire les chefs de la défense parisienne réussissaient à les garder, ils détournaient de Paris la menace d’un bombardement prochain, ils éloignaient de beaucoup la ligne de l’investissement possible, et pour l’instant ils pouvaient troubler singulièrement l’armée allemande dans sa marche circulaire sur Versailles. La redoute dont on avait commencé la construction au-dessus du village de Châtillon, au bord du plateau tourné vers Paris, se trouvait encore, il est vrai, dans des conditions fort insuffisantes, et on peut même dire que pour une sûreté complète elle aurait dû être reportée beaucoup plus loin, ou il aurait fallu la combiner avec d’autres ouvrages plus avancés vers la Bièvre. Telle qu’elle était cependant, elle pouvait être un abri assez solide et devenir le point d’appui d’une action offensive.

C’est là que le général Ducrot mettait son camp, résolu à se jeter sur l’ennemi prêt à défiler devant lui. Il s’était transporté à Châtillon avec les trois divisions du 14e corps, la première sous le général de Caussade, établie à Clamart, la deuxième sous le général d’Hugues, placée à portée de la redoute, la troisième sous le général de Maussion, appelée à Bagneux et remplacée elle-même à Villejuif, où elle se trouvait, par la division de Maud’huy du 13e corps, qu’on faisait venir de Vincennes. C’était une force de plus de 30,000 hommes, avec 12 escadrons de cavalerie et une artillerie assez nombreuse. La redoute était en même temps armée, et pour la soutenir on disposait une batterie sur la gauche, dans une bonne position, à la tour du Télégraphe, d’où la vue s’étendait vers Fontenay-aux-Roses, Sceaux, Bourg-la-Reine.

Dès l’après-midi du 18 septembre, le général Ducrot faisait battra le pays par deux reconnaissances, l’une envoyée dans la direction de Versailles et de Saint-Germain, l’autre lancée en avant du côté de Verrières. La première n’avait rien trouvé. Les Allemands qui avaient dû passer la Seine au-dessous de Paris s’étaient trouvés retardés par la rupture des ponts et ne paraissaient pas encore. La seconde reconnaissance rencontrait partout l’ennemi. Les allemands de la IIIe armée qui passaient la Seine à Choisy, à Villeneuve-Saint-George, à Juvisy, arrivaient en effet de tous les côtés. Le Ve corps prussien avec les 9e et 10e divisions sous le général de Kirchbach marchait par Palaiseau et Bièvre. Le IIe corps bavarois du général Hartmann remontait de Longjumeau vers Châtenay pour reprendre