Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/273

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


faire que de ramener ses soldats dans Paris. Il en résultait que la droite de l’armée n’existait plus, et d’un autre côté la gauche elle-même aurait commencé à être en péril, si le général d’Hugues, se mettant vaillamment à la tête de ses troupes, ne les eût reportées un peu en avant. C’était assurément une complication grave.

Pendant ce temps que se passait-il dans Paris ? La rentrée un peu confuse de la division Caussade avait naturellement confirmé l’idée qu’on avait essuyé un désastre. Le général Trochu, qui s’était fait annoncer à Châtillon, avait rencontré sur sa route les troupes qui revenaient, et, sans aller plus loin, vers midi, il s’était hâté d’appeler à la défense du front sud de l’enceinte une des deux divisions du 13e corps qui restaient encore à Vincennes. Le général Vinoy lui-même venait à deux heures s’établir à la gare Montparnasse, pressant autant que possible l’arrivée de ses troupes. On croyait presque en vérité voir d’un instant à l’autre déboucher les Prussiens. Le général Vinoy dit dans son récit qu’il « attendait avec impatience l’arrivée de la tête de colonne de la division Blanchard, afin d’opposer une résistance sérieuse à l’ennemi dans le cas où il tenterait de poursuivre son avantage jusqu’à attaquer peut-être Paris de vive force… »

Chose étrange, à une si petite distance on ne savait même pas ce qui se passait sur ce champ de bataille de Châtillon, et on ne prenait pas des moyens trop efficaces pour le savoir. On voyait des fuyards, et cela paraissait trancher la question. On croyait le général Ducrot positivement perdu ; à coup sûr, il n’était point à l’aise. Il ne se sentait pas pourtant aussi compromis qu’on le pensait à Paris, et au moment où l’on croyait déjà voir l’ennemi arriver sur l’enceinte, il le tenait à distance par ce combat de canon que nos officiers et nos artilleurs soutenaient toujours avec la plus grande fermeté, qu’ils ne suspendaient un instant vers une heure que parce que le canon allemand se taisait. Le colonel Bonnet avec le 15e de marche occupait même encore le Plessis-Piquet, criblant les Bavarois de sa fusillade. Le général Ducrot était si pénétré de l’importance de la position qu’il songeait à s’enfermer avec quelques centaines d’hommes dans la redoute pour s’y défendre jusqu’à la dernière extrémité. C’était tout risquer, il est vrai, et même dépasser les intentions du gouverneur de Paris. D’un autre côté, on s’aperçut d’un détail assez vulgaire : on n’avait pas d’eau pour les besoins des hommes et des chevaux, on n’en pouvait trouver ni sur le plateau, ni dans le village de Châtillon, où toutes les conduites avaient été coupées.

Tout se réunissait ; on ne pouvait arrêter indéfiniment les Bavarois, qui commençaient à s’avancer en fortes masses, et dès lors il