Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/280

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XIe corps, qui venait prendre sa place dans les lignes d’investissement vers Sèvres, une division d’infanterie qui était avec le grand-duc de Mecklembourg à Reims, une division de landwehr de la garde que la chute de Strasbourg rendait libre le 28 septembre. Bref, en peu de jours, les Allemands allaient avoir autour de Paris, pour assurer l’investissement ou pour le protéger à l’extérieur, un peu plus de 200,000 hommes d’infanterie et 35,000 hommes de cavalerie. C’était l’œuvre des premières semaines, c’était tout ce qu’on pouvait faire pour le moment, et ici, au début d’une si colossale entreprise, commencée avec de si faibles moyens, il est bien facile de voir ce qu’on aurait pu se promettre de la défense de Paris, si on avait eu, non pas même l’armée de Bazaine, qui en tenant encore à Metz rendait le service d’immobiliser devant elle plus de 200,000 Prussiens, mais l’armée qui était allée se perdre à Sedan. Évidemment, si le maréchal de Mac-Mahon eût été autour de Paris avec son armée, les Allemands n’auraient pu passer la Seine ni avec les 150,000 hommes qu’ils avaient le premier jour, ni avec les 240,000 hommes qu’ils avaient quelques jours plus tard. L’investissement eût été impossible. Tout ce qu’on avait pu faire avec les modestes forces dont on disposait avait été ce combat de Châtillon, qu’on venait de livrer, et qui n’avait pu rien empêcher.

Ainsi le soir du 19 septembre tout s’accomplissait à la fois. Au moment où M. Jules Favre revenait de Ferrières avec la conviction qu’il n’y avait point de paix possible, sauf par la soumission au vainqueur, le combat de Châtillon était le dernier effort de la défense extérieure et le signal du véritable siège. Les Allemands avaient la clé de la grande ville, autour de laquelle se resserrait d’un seul coup le cercle de l’investissement, et Paris, violemment rejeté en lui-même, restait désormais cerné de toutes parts, emprisonné avec ses émotions, ses incohérences, ses agitations, mais aussi avec cette inépuisable ardeur d’espérance et d’illusion qui allait le soutenir pendant cinq mois.


CHARLES DE MAZADE.