Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/287

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l’Ile-de-France, voulant mettre les Tuileries et le faubourg Saint-Germain en communication facile et supprimer le bac qui servait de va-et-vient entre les deux rives de la Seine, construisit ce pont de bois que les historiens nomment indifféremment le pont Barbier, le pont Sainte-Anne et le Pont-Rouge. On y installa une machine hydraulique sur laquelle nous avons le témoignage d’un contemporain. John Evelyn, qui visita Paris en 1643, dit : « C’est une statue de Neptune qui fait sortir de l’eau par la gueule d’une baleine ; le tout est en plomb, mais fort inférieur, à la Samaritaine. » Ce groupe était sans doute contenu dans la maison bâtie sur pilotis que Gomboust a figurée sur le plan de Paris qu’il termina en 1652. Les poutres, les madriers, le Neptune et la baleine disparurent le 20 février 1684, dans une crue de la Seine qui emporta le pont de bois auquel le Pont-Royal allait succéder. L’eau montée par l’appareil avait été réservée à l’arrosage du jardin des Tuileries et aux usages du « logement de Mademoiselle. » La population n’en profita donc pas, mais elle reçut vers la même époque, 1651, de nouvelles sources découvertes entre Arcueil et Cachan, et dont le produit s’élevait à 24 pouces environ par jour.

Cependant les concessions, auxquelles on ne parvenait pas à mettre fin, diminuaient chaque jour la portion du public. Le 22 janvier 1653, le prévôt des marchands rend une ordonnance qui déclare que désormais toute concession nouvelle sera faite à prix d’argent. L’exemple de la soumission fut donné de haut, mais ne servit guère ; le surintendant Fouquet paie 10,000 livres pour un pouce d’eau qui lui est accordé, le 4 juin 1655, sur les sources de Belleville et des Prés-Saint-Gervais. On a beau rassembler à l’Hôtel de Ville les clés de tous les regards, menacer de peines sévères ceux dont la consommation dépasserait le droit de prise ; on ne peut parvenir à régulariser la distribution. L’eau est littéralement au pillage, et les contestations sont aussi fréquentes qu’elles seraient fastidieuses à rapporter. Grâce pourtant à ces arrêts toujours semblables, à ces interdictions éludées, à ces règles définitives qui ne duraient pas vingt-quatre heures, on sait exactement la somme d’eau répandue dans Paris. Un état de distribution arrêté le 22 mai 1669, désignant séparément Arcueil, Belleville, les Prés-Saint-Gervais, mais omettant intentionnellement le produit de la Samaritaine, consacré aux logis royaux, nous apprend que le total des fontaines ou regards publics était de 35, alimentés par 13 pouces, et que les concessions privées, au nombre de 152, absorbaient 10 pouces. Paris consommait donc à cette époque 460,000 litres d’eau de source, dont 200,000 étaient soustraits en faveur des particuliers et des couvens.