Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/288

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En présence d’une pénurie pareille, il fallait aviser, d’autant plus que la sécheresse extraordinaire des années 1667, 1668 et 1669 avait singulièrement appauvri le rendement des sources : aussi ce fut encore à la Seine, à ses eaux contaminées, que l’on eut recours. Au-dessous de la troisième arche du pont Notre-Dame, il existait alors un moulin à blé ; Daniel Jolly, chargé de diriger les machines de la Samaritaine, proposa en 1670 d’utiliser les échafaudages du moulin pour organiser quatre pompes aspirantes et foulantes qui donneraient à Paris un produit quotidien de 50 pouces ; en même temps un certain Guillaume Fondrinier, qui n’était que le prête-nom de Jacques de Mance, trésorier de la fauconnerie, offrit de construire, à un second moulin du même pont Notre-Dame, huit corps de pompes qui élèveraient 50 pouces, qu’on pourrait avec quelques ouvrages supplémentaires porter facilement à 100. La ville accepta ; Jolly et de Mance se mirent à l’œuvre chacun de son côté ; tout le travail était terminé en 1671. Les résultats ne furent pas aussi brillans qu’on était en droit de l’espérer ; ils furent néanmoins considérables, puisqu’ils produisaient 1,600,000 litres, c’est-à-dire 80 pouces, qui furent reçus dans quinze nouvelles fontaines accessibles au public.

Ces mécaniques hydrauliques étaient bien rudimentaires ; les personnes qui ont vu fonctionner la machine de Marly peuvent se figurer ce que valait ce grossier outillage ; on faisait en réalité plus de bruit que de besogne, et les réparations incessantes coûtaient fort cher. De plus on se plaignait de la qualité de l’eau de Seine : on enviait les eaux d’Arcueil et des Prés-Saint-Gervais, quoique cependant elles soient bien calcaires ; on ne parlait que de nouvelles sources à découvrir ? on fouilla les coteaux de Meudon, de Clamart, de Vaugirard, de Châtillon, d’Issy, mais sans succès. On fut forcé de se contenter de ce que l’on avait, et l’on resta stationnaire pendant un siècle [1]. Ce n’est pas que les projets fassent défaut : il ne se passe pas dix ans sans que l’on en présente ; ils sont étudiés et repoussés. On semble se contenter des apparences, et l’on édifie beaucoup de fontaines sans trop se préoccuper d’y amener de l’eau : on prodigue les sculptures, les attributs ; le public n’en est pas plus satisfait. Après l’inauguration de la fontaine de la rue de Grenelle en 1739, on ne s’arrête guère à contempler les statues de Bouchardon, et on la surnomme « la trompeuse, » car elle a

  1. On peut facilement se rendre compte de la pénurie dont Paris avait à souffrir en consultant le plan de distribution des eaux que l’abbé de Lagrive a dressé en 1735 ; on y voit les « tuiaux du roy pour les eaux de sources, — pour les eaux de Seine, — pour les eaux de sources et de Seine, — et les tuiaux de la ville pour les eaux de sources, — pour les eaux de Seine. »