Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/293

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une apparence monumentale : il a l’air d’un mausolée ; une sorte de rotonde à jour, soutenue par des colonnettes, le surmonte et lui a valu le nom inscrit au-dessus de la porte : « la Lenterne. » Il est remarquablement bâti en fortes pierres de taille, qui sur le toit s’agencent comme d’énormes tuiles ; c’est massif et brutal. Les lichens se sont collés aux parois et leur font un vêtement de deuil. Les regards des Prés-Saint-Gervais sont construits dans le même appareil ; ils se dressent à mi-côte, comme des tombeaux au milieu des ruines, car ils touchent presque aux fortifications, et ils sont entourés par les décombres des maisonnettes que l’on a démolies sur la zone militaire au moment où les armées allemandes prenaient position sur les hauteurs du Raincy. Tous ces regards ont subi parfois des réparations complètes : les plus importantes datent du siècle dernier ; sur celui du Bernage, j’ai lu la date 1743. Les eaux des Prés-Saint-Gervais sont centralisées à la fontaine qui occupe le milieu de la place du village ; elle porte une inscription rappelant qu’elle a été édifiée sous le règne de Louis XIIII (sic), pendant que Le Féron était prévôt des marchands. Là dans l’intérieur, après avoir gravi un escalier de bois accolé à la muraille, on se trouve dans la chambre de jauge. De petits bassins en plomb semi-circulaires superposés reçoivent l’eau, et par une série de chutes calculées lui rendent sa pente normale ; elle passe par des trous qui ont un pouce de diamètre et servent à la mesurer ; quelques petits récipiens carrés percés d’une étroite ouverture, représentant une ou deux lignes, déterminent le volume attribué à des concessions particulières. C’est la vieille jauge de nos pères ; elle sera certainement remplacée quelque jour. Que l’on se garde bien de la détruire ; elle est un spécimen curieux de nos anciens usages, et, comme telle, elle doit trouver sa place dans un de nos musées, — dans ce musée dont tous les élémens existent déjà disposés chronologiquement par catégories admirablement combinées, et qu’il faut espérer voir sortir intact et complété des chambres ignorées où il est actuellement relégué dans une vieille maison du quai de Béthune. Rien ne serait plus intéressant que de réunir dans un local spécial et approprié tous ces vieux témoins de notre histoire urbaine.

Cette eau des sources du nord, dont le drainage fut si vivement apprécié par nos ancêtres, n’est plus jugée digne de désaltérer les Parisiens, à qui l’on offre une boisson bien autrement pure et abondante. Jadis on a bâti des fontaines pour la recevoir, et nous avons vu que François Ier en sollicitait quelque peu pour un de ses favoris ; elle est bien déchue de son ancienne gloire : aujourd’hui on la jette à l’égout. Elle a été retirée de l’alimentation, mais elle n’est