Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/312

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pas libres de remiser pendant la nuit leurs tonneaux où bon leur semble : on a dû penser aux incendies et savoir où l’on pourrait trouver une réserve d’eau pour porter les premiers secours ; on leur a donc assigné soixante-trois emplacemens où chaque soir ils doivent conduire leurs tonneaux pleins. La matière a été réglée par une ordonnance de police du 7 août 1860. Paris possède 26 fontaines, dites marchandes, où les porteurs d’eau vont remplir leurs tonneaux. Un poteau, un large tuyau de cuir, une clé tournante, c’est là tout le matériel. L’eau que l’on débite dans ces fontaines y est directement amenée des réservoirs de la ville ; mais on la filtre avant de la livrer à ceux que l’on appelle indistinctement les « Auvergnats, » quelle que soit leur nationalité. L’eau traverse deux récipiens dont elle ne peut sortir qu’en passant par les mailles d’un tamis garni d’épongés, de cailloux et de laine effilochée. Comme tous les tonneaux. ont été préalablement jaugés à la préfecture de police, que le jaugeage est inscrit en grosses lettres sur la face postérieure, il n’y a jamais de discussion sur la contenance ; les 1,000, litres se paient 1 franc et sont vendus 5 fr. par le porteur : 400 pour 100 de bénéfice. Est-ce trop ? Non. Qu’on pense au nombre de voyages que ces pauvres diables sont obligés de faire à travers les escaliers obscurs ou glissans, en soutenant à l’aide de la « courbe » deux seaux pleins en équilibre sur leur épaule, et l’on ne trouvera pas que leur gain soit excessif.

Les porteurs ne sont point forcés de puiser l’eau aux fontaines marchandes, ils ont le droit d’aller la chercher à 28 fontaines publiques, dites à la sangle. On les appelle ainsi parce qu’il est défendu de s’en approcher avec des tonneaux et que l’on ne peut y remplir que des seaux qui se portent avec une sangle passée sur les épaules ; un crochet de fer aboutit à chaque anse des seaux, qui sont écartés du corps par un cercle et qui sont garnis d’une rondelle de bois dont le but est d’empêcher l’eau de vaciller et de se répandre. Cette eau arrive des réservoirs et des conduites telle qu’elle y est entrée, chargée de sels terreux, grisâtre, trouble et. peu ragoûtante à boire : on n’en use guère, et les fontaines les plus fréquentées il y a trente ans, celle de la rue Saint-Honoré, celle de la rue de Grenelle, sont presque désertées aujourd’hui. L’abonnement et les fontaines marchandes sont pour l’a ville une source de revenus qui ne pourront que s’accroître avec le temps. Nous avons vu qu’au début du siècle le prix de l’eau vendue entrait dans le budget municipal pour une somme de 385 francs ; nous sommes loin de là : pour l’année 1872, le produit a été de 6,111,295 francs ; c’est un joli denier.

En dehors de l’eau que l’administration nous procure, il existe