Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/340

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résister aux exigences de la cour et protéger de leurs courageux refus l’épargne de la nation ! — hostiles ou simplement indifférens à l’indépendance nationale, ces députés qui depuis le règne de Philippe le Bel jusqu’à la régence de Marie de Médicis ont pour préoccupation constante d’affranchir le royaume de toute domination, d’assurer son intégrité, de proclamer son indivisibilité et son indépendance ! — inutiles, sinon nuisibles, à la constitution de l’administration monarchique, ces députés dont toutes les doléances, tous les projets de réforme, tendent à substituer l’autorité royale à l’autorité des seigneurs féodaux, et à réunir entre les mains du roi tous les pouvoirs ! Le lauréat de 1840 ne connaissait-il point les cahiers des états ? Comment n’y pas voir à chaque pas la haine des abus, comment n’y pas reconnaître la tendance perpétuelle à la centralisation, la passion dominante de l’unité : unité de juridiction par la substitution progressive de la justice royale aux juridictions seigneuriales, — unité de législation d’abord par la rédaction des coutumes, puis par la conversion successive des coutumes en lois générales, et par la substitution insensible du droit écrit au droit coutumier, — unité de puissance militaire par l’interdiction des guerres privées et l’attribution au roi du droit exclusif de lever des gens d’armes, — unité d’administration par la défense aux seigneurs de lever des impôts et par la centralisation des services entre les mains dès agens de la couronne. Voilà la vérité, vérité incontestable et qui s’accorde mal avec les reproches de M. Rathery. Combien plutôt en y réfléchissant n’aurions-nous pas lieu de faire aux états-généraux le reproche contraire, et de déplorer qu’aveuglés par une passion trop exclusive ils aient sacrifié à cette idée de la constitution de l’unité nationale par la centralisation monarchique l’avenir politique de la France !

D’ailleurs M. Rathery ne se contredit-il pas lui-même ? Si Philippe le Bel fonde les états-généraux, c’est qu’il sait bien trouver en eux le plus ferme des appuis pour l’indépendance nationale, et cet appui, s’il le trouve en effet, c’est qu’il s’agit alors d’affranchir le royaume de l’ingérence d’un pouvoir étranger. Si Louis XI est le prince « qui tire des états le meilleur parti, » affirmation d’ailleurs fort contestable, c’est qu’il en appelle à eux pour l’aider à lutter contre les grands feudataires, à prévenir le démembrement de la France, à retenir une de ses plus belles provinces, à préserver enfin l’unité du royaume. Quant à ce dernier argument, que « les trois meilleurs rois de l’ancienne monarchie se passèrent des états pour gouverner, » qu’en reste-t-il après l’ouvrage de M. Picot, — après qu’il est constaté que, si durant les règnes de Charles V, de Louis XII, de Henri IV, la présence matérielle des états fait défaut, c’est leur influence morale qui gouverne ?

Assurément il ne faut rien exagérer. Dans cette période de